D’un revers du dos de la main, balayons les petites imperfections de ce premier écrit (impression achevée en novembre 2011) d’un jeune boulanger de 40 ans, 183 cm, un quintal (j’ai tout lu…), profilé en B, marié à une femme de grande taille et père de trois enfants. En quelle langue est écrit le titre : fautif syncrétisme anglo-germanique ? Quelques fautes vénielles d’orthographe et de ponctuation ont accroché puis irrité mon œil impitoyable. A contrario, j’ai enrichi mon vocabulaire : «souventes fois» en est un exemple… Enfin, Christophe Gelé m’insupporte quand il fait un distinguo entre les Bac – 3 et les universitaires qui, selon lui, devraient lire ses écrits en relativisant car ce sont des «pensées boulangères, rien de très intelligent».
Que nenni : son acte de contrition est nul et non avenu car Christophe Gelé est un disciple de Socrate et, par maïeutique interposée, il est interpellé par et s’interroge sur les faits divers secrétés par le quotidien. Dans une société à l’intellect visqueux et condescendant où fleurissent de pseudo-philosophes de pacotille aux titres universitaires dûment estampillés, Christophe Gelé pratique l’amour de la sagesse loin de toutes théories en vogue. La meilleure des preuves en est qu’il a une aptitude rare à analyser les causes de sa souffrance de manière magistrale. Une charge horaire hebdomadaire écrasante dans une boulangerie industrielle helvète («the Kübe») en vertu du délétère paradigme «travailler plus pour gagner plus» met à mal son équilibre voire met en danger sa vie (cf. «Slide on» p. 188) : il tire sa révérence avec élégance et sans animosité. Quel exemple comparativement aux éternels insatisfaits de la vie mais partisans du «Yaka» et du «Fautcon» !
L’originalité, l’éclectisme, l’humour, la tolérance, l’humanisme et la pertinence jonchent les pensées du laborieux mitron (j’écris cela avec un sincère et profond respect).
Une mention spéciale pour l’étude anthropologique d’un collègue de travail surnommé «Jacques Mayol» (p. 32) car «il est tellement lent dans ses gestes qu’on croirait qu’il est sous l’eau».
Une autre analyse quasi-psychiatrique d’un autre collègue «Fabe» (p. 107) a priori halluciné et alternant le port de lunettes de soleil et de vue dans le laboratoire de «the Kübe» se termine par un conseil empreint d’empathie et de vécu quant à la consommation de cannabis : «Tu fais ce que tu veux mon pote. Mais je te déconseille…».
La «théorie de la relativité» (p. 140) écorche et questionne notre égoïsme atavique.
Le «lavage des mains» est un grand moment d’épidémiologie de terrain : à lire p. 165 mais en procédant mentalement à l’ablation d’un «l» à «colliforme».
Quel ouverture d’esprit et quel souci de l’Autre quand Christophe Gelé fustige les jeux télévisuels dans «Convoitise» (p. 191) où il explique en substance que «Mme Décolleté» peut engranger en trois secondes neuf cents (avec un «s», please) euros en répondant à une question nécessitant l’intelligence d’un bovidé regardant passer le TGV. Et cette somme représente trente mois de salaire d’un ouvrier ghanéen. Et l’auteur a raison de le souligner.
Sincères félicitations pour l’œuvre de conscientisation commise et pour les valeurs transcendantes transmises !

Welkome to the Kübe ou Chroniques boulangères réalistes ou utiles, Christophe Gelé
Les Ateliers de Porthos

Le 3 décembre 2011 à partir de 15h00 chez Chapitre, place de la Réunion à Mulhouse, l’auteur dédicacera son petit livre rose qui vaut une semaine de salaire d’un ouvrier ghanéen ou sept euros.

Comme l’auteur, l’absence de méta-commentaires me frustre : à bon entendeur ;-)

Categories: Philosophie

About Vincent Stoffel

Liseur occasionnel Ami d'Hervé

8 réponses actuellement.

  1. [...] Avez-vous entendu parler de la Kube ? Rien à voir avec l’excellent livre de Christophe Gelé, Welkome to the Kübe. [...]

  2. Michel Caron dit :

    S’il est un terme qui peut revétir de multiple sens, c’est bien celui de « Chronique ». Je relève quelques synonymes au hasard : annales, article, bavardage, bulletin, courrier, gazette, potin, récit, reportage,… Il est donc permis de faire une chronique/article sur des chroniques… boulangères.

    On risquerait d’être rebuté par le titre. Et si ces chroniques tenaient du bavardage ou du potin,… De l’anecdotique sur une activité dans laquelle seule une minorité d’entre nous est impliquée : la boulangerie. Et puis finalement on ouvre le livre. Pas un gros risque. Il n’est pas si lourd ! Et ça fonctionne. Ça se lit avec plaisir. L’écriture est agréable, souriante. Et puis sous une apparente légèreté, sous le couvert d’anecdotes, on y croise des problèmes, des questions, nullement spécifiques à l’auteur. Touchant en particulier, mais pas seulement, au vécu du salarié qui d’un côté perd sa vie à la gagner, mais d’un autre voit dans son milieu de travail un lieu de rencontres alléatoires avec d’autres individus. Sans oublier la grenouille que l’on chauffe. Mais à vous de faire sa connaissance et de voir en quoi elle vous ressemble !

    A lire donc. Mais contrairement à ce qu’envisage l’auteur je préconniserais de lire ces chroniques dans l’ordre… chronologique.

  3. [...] == "undefined"){ addthis_share = [];}Etant le modeste auteur d’un bouquin intitulé Welkome to the Kübe, j’ai évidement été attiré par Le Cube. D’autant plus que la couverture apportait [...]

  4. delphine dit :

    coucou, je te félicite pour ton livre( et oui tout le monde j’ai de la chance car Christophe GELE est mon grand frère dont je suis terriblement fière), je l’ai adoré, passionnant jusqu’à la fin, il à des moments où j’ai du passer pour une folle à rire toute seule dans le train, mais au moins j’ai vu grâce à toi des sourires sur les visages des gens dans mon wagon( ce qui est très rare), merci pour ce merveilleux moment, à quand la suite.
    Gros bisous grand frère et un grand BRAVO, je t’aime.Delphine.

  5. Matthieu dit :

    Ce livre peut nous donner un fou rire tout comme nous faire regarder dans le vide, pensif pendant 10 minutes en se disant : ‘a fond ! … Il a raison ! ‘

  6. Christophe dit :

    J’ai l’honneur de commencer.
    Vincent, (puisque tu connais ma prose, tu permets qu’on se tutoie…) je te remercie pour cet article ‘réaliste et utile’. Incroyable comme les fautes d’orthographe sont agaçantes, n’est ce pas ? Moi aussi, je déteste. Et pourtant j’en ai laissé passer tout plein. Grrr. Alors que tu n’as laissé passer qu’une seule faute de frappe. Comme un nœud défectueux dans un tapis turc fait main. Juste pour se rappeler qu’on est imparfait et ne pas agacer le sort.
    Un sincère merci pour ta contribution. Il ne me reste plus qu’à lire Socrate.
    Sincèrement,

    Christophe Gelé

    • Icare Yott dit :

      Il est rare, de lire un livre sans faire de parallèle avec une histoire connue ou vécue.
      Parfois c’est le style de l’auteur qui fait penser à du déja lu.
      Votre style, me fait penser (surtout le vocabulaire), à un écrit new age.
      D’ou tenez vous votre inspiration?
      Quelles sont vos influences littéraires?
      La philosophie semble vous etre familière, qui est votre maitre penseur?
      Vitcook

      • Christophe dit :

        Vitcook,
        Voilà un petit lot de questions sympathiques auxquelles je m’empresse de répondre de la façon la plus décevante qui soit : Je ne lis aucun philosophe ni maitre à penser New Age, ni d’ailleurs n’en connait aucun. Je me borne à lire au hasard des rayonnages des librairies et bibliothèques qui jalonnent ma route et mon inspiration n’est que le fruit de connexions nerveuses entre des neurones abreuvés du plus banal des quotidiens. Le reste tient de la reconnaissance relative au fait d’être vivant et de disposer de 1300 grammes de matière grise.
        Sincèrement,
        Christophe Gelé

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