Pierre Desproges est en général ou adoré ou détesté.
En ce qui me concerne, je trouve ce type remarquable d’intelligence, avec une sensibilité à fleur de peau qu’il cache ou tente de cacher par une méchanceté et un cynisme de tous les instants.
Un type singulier que je conjugue au présent pour cette chronique. Même mort d’ailleurs il ne fait toujours pas l’unanimité, ce qui n’est certainement pas pour lui déplaire. D’autres, aussi féroces sont devenus intouchables, élevés au rang d’icônes, la mort donne un statut. C’est dingue le nombre de types qui une fois morts deviennent sympathiques. C’est injuste. Le temps ne fait rien à l’affaire, comme le chantait Brassens, l’éternité ne change rien, ce n’est pas une excuse. Ceci dit, je digresse, revenons au bouquin.

Bon, le sujet reste quand même la mort en fil rouge, si on peut dire. Desproges est malade et prend un peu de temps qui lui reste pour régler quelques comptes, avec Dieu notamment, mais aussi avec les chauffeurs de taxi, les coiffeurs, les chanteurs, les racistes, et j’en passe…
Il se penche surtout sur la connerie au sens large, tous azimuts, de la brève de comptoir aux salons parisiens. Et si on n’aime pas Desproges pour son style, on peut au moins lui reconnaître une culture générale au dessus de la moyenne.
Réussir à réunir dans la même phrase Verlaine, Chateaubriand, Vigny et Jean-Claude Bourret (chers lecteurs si vous ne connaissez que ce dernier, faites-vous du souci), faut le faire.

Entre la tirade de plusieurs lignes et le calembour facile, il se ballade dans la société française toutes griffes dehors, n’épargnant personne, lui compris.

Alors si l’humour noir n’est pas votre truc, je pense que le livre n’est pas pour vous. Les amateurs par contre en auront pour leur argent, et en plus ça vous donnera de belles phrases pour briller en société.

Sur le temps qui passe : « qu’es-tu devenue, toi que j’aimais, qui fut pimpante et pétillante, bouche de fraise et nez coquin, qu’est-ce que tu fous sous mon cyprès ? Qu’es-tu devenue ? Oh, je sais. Tu es devenue : azote 12%, acide phosphorique 17%, sels de phosphate 31%, âme zéro ».

Rire de tout.
« C’est la seule humaine façon de friser la lucidité sans tomber dedans ». Et la célébrissime : « il vaut mieux rire d’Auschwitz avec un Juif que de jouer au scrabble avec Klaus Barbie ».

C’est triste et drôle, léger et profond, décapant et poétique, philosophique et sexuel, c’est féroce, c’est humain.

Vive Desproges !

Vivons heureux en attendant la mort, Pierre Desproges
Points

L’auteur :
Pierre Desproges est né à Pantin en 1939 et est mort à Paris en 1988.

Categories: Humour

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