Charlotte Marthe est laide. Quelle importance ? Elle est laide, voilà tout. Et pour qui ne voudrait pas le comprendre, elle le répète inlassablement au fil des pages de ce roman qui se déroule sur fond des combats pour l’indépendance du Cameroun.

C’est cette laideur qui la pousse à quitter la France, abandonnée par son petit ami. Enseignante de son état, elle se rend à Douala, au « Pays de l’extrême lenteur », image onirique qui désigne sa nouvelle terre d’accueil, pour prendre la direction d’un collège de jeunes filles au début des années 50.

Ecrit sous forme de journal, son périple va la transcender au service de l’éducation de ces jeunes Camerounaises. La coutume veut en effet qu’elles soient mariées au plus offrant et le fait d’avoir un BEPC augmente leur valeur. Face à cela, l’héroïne du livre œuvrera à une prise de conscience féministe d’avant-garde. Elle quittera le Cameroun le 1er janvier 1961 alors qu’il aura chèrement acquis son indépendance.

L’année 1956 consacrera également l’indépendance du Maroc et de la Tunisie.

Plus que jamais d’actualité lorsqu’on voit la capacité des peuples de s’approprier leur destin, ce roman nous plonge dans une époque aujourd’hui oubliée de l’histoire de France et de la fin de ses colonies.

A la lecture de ce livre, on comprend également l’aberration d’enseigner l’histoire de France métropolitaine et sa culture à des enfants de colonies culturellement et géographiquement éloignées. En passant par la Lorraine, Cadet Roussel ne font assurément pas partie de la tradition orale camerounaise et seule la vanité du colonisateur pouvait lui permettre d’applaudir lorsqu’un enfant noir lui énonçait par cœur l’histoire de Jeanne d’Arc ou une pièce de Molière. Il nous paraîtrait tout aussi incongru aujourd’hui d’entendre un enfant africain reprendre à son compte le chant de la Marseillaise.

La chaleur étouffante est omniprésente. Pour se plonger vraiment dans l’histoire, rien ne vaut de s’installer dans une chaise longue à l’ombre lors d’une de ces journées où il fait tellement chaud qu’on ne peut rien faire d’autre que lire.

Que dire d’autre sinon que Charlotte Marthe se rend laide, vraiment. Et à force de le lire, on finit par en être convaincu et c’est vraiment sans intérêt.

L’auteur : Valentine Goby est née en 1974 et alterne l’écriture de romans pour adultes et pour enfants. Contrairement à l’héroïne de son roman, elle n’est pas laide du tout. Il faut dire qu’elle prépare tellement le terrain qu’on pourrait s’attendre au pire en la lisant.

L’antilope blanche, Valentine Goby

Gallimard

Categories: Historique

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