La fange, le purin, les fosses d’aisances, la crasse, la sueur, le remugle, les catins, les gitons, les gourbis, la faim, la chaleur, le froid. Tel est l’univers du Paris de 1860 dont Jean-Baptiste Del Amo, écrivain fraîchement émoulu, se délecte, dans un voyeurisme malsain, pendant les 420 pages de son premier roman au titre prometteur « Une éducation libertine ». Très porté sur les odeurs et surtout fasciné par la puanteur de cet univers de décadence entre la noblesse oisive et la rue affamée, l’auteur nous emmène visiter sa version onirique du siècle des lumières.

Des lourdeurs de style parfois, une élégance de l’écriture font de ce livre un roman agréable à lire, même si un dictionnaire est nécessaire à chaque page pour comprendre le sens de mots anciens, dont l’abondance nuit à la fluidité du récit et semble plus destinée à faire la démonstration de la science littéraire de l’auteur, mais est-ce bien le premier objectif d’une œuvre de fiction ?

Hormis cet aspect formaliste, l’intrigue est captivante et on se laisse volontiers emporter dans cet univers nauséabond qui nous attend au coin des rues malfamées. Grandeur et décadence d’un jeune provincial devenu courtisan à Paris, mode d’emploi.

Est-ce le hasard du prénom du héros de l’histoire ? Je verrais bien Gaspard Ulliel l’incarner dans une adaptation cinématographique.

Le style, l’intrigue, la construction classique, les descriptions précises et l’esthétique de la forme sont agréables à lire. Par contre, l’auteur en fait trop lorsqu’il cherche à démontrer sa connaissance de la langue française, ce qui rend l’œuvre un peu scolaire. L’univers de crasse dans lequel il se complaît, peut, au final déranger les âmes sensibles et j’ai été très déçu par la fin malgré des rebondissements inattendus.

L’auteur :

Jean-Baptiste Del Amo est né en 1981 et vit actuellement à Montpellier. Une éducation libertine a été récompensé par le prix Goncourt du Premier Roman, le prix Laurent Bonelli, le prix Fénéon et le prix François Mauriac de l’Académie française.

Une éducation libertine
420 pages, Gallimard



Categories: Historique

4 réponses actuellement.

  1. Coquine dit :

    Le style littéraire m’a empêché de m’imprégner de cette fonction, prendre le dico toutes les minutes pour comprendre tel ou tel mots, ca aide pas à lire ce livre avec plaisir, dommage, le thème m’intéresse.

  2. [...] Mary est narré sans idéalisation excessive, mais aussi sans noirceur trop forte (contrairement à Une éducation libertine de Jean-Baptiste Del Amo par exemple). Les épreuves imposées par son choix de vie ne sont guère [...]

  3. Amandine dit :

    J’ai personnellement eu un coup de cœur pour ce livre. J’ai d’abord été surprise de me retrouver davantage dans l’univers du Parfum de Süskind que dans celui des romans de Crébillon fils comme je m’y attendais, mais je me suis rapidement laissé prendre dans ces descriptions très olfactives. Je sais que beaucoup les ont trouvées trop longues et ont été arrêté par les lourdeurs de style mentionnées dans l’article, mais ça n’a pas été mon cas. Mon âme sensible a plutôt été dérangée par certains détails de la fin sur lesquels l’auteur est revenu plusieurs fois.

    • Dominique dit :

      Impression partagées. Une impression de malaise émane de la fin du roman et c’est même vraiment dérangeant. En lisant ce livre, j’étais très partagé entre l’intéressante approche historique et cet ambiance malsaine, incarnée par le héros. C’est l’un des rares romans dont l’intérêt se dégrade au fur et à mesure de sa lecture.

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