Une bibliothèque idéale est un recueil d’articles d’Hermann Hesse, écrivain mais aussi grand lecteur comme le rappelle Nicolas Waquet (traducteur, poète et auteur de travaux de littérature comparée) dans sa préface. C’est donc principalement cette pratique de la lecture qui est discutée, ainsi que celle du travail d’auteur.

Dans Une bibliothèque de littérature universelle, Hermann Hesse fait débuter son propos par une introduction tout à fait passionnante et intéressante sur la culture : selon lui, « elle possède sa propre rétribution en elle-même : elle accroît la joie de vivre et la confiance en soi ; elle nous rend plus gais, plus heureux » [p. 17]. L’une des facettes de cette culture, celle dont il est question dans cet essai, est la littérature universelle : pour qu’elle remplisse cette fonction de la culture, il n’est pas tant que question de lire beaucoup que de lire bien. Tout en insistant sur le fait que la bibliothèque idéale différera en fonction de chaque lecteur (c’est la raison pour laquelle il ne faut selon lui forcer personne à lire tel ou tel chef-d’œuvre qui ne lui correspondrait pas : « La violence ou la patience ne nous seront d’aucun secours pour venir à bout d’une œuvre que l’on nous a vantée, qui nous déplaît, nous résiste et nous reste impénétrable. » [p. 21]), Hermann Hesse propose une série de titres et d’auteurs incontournables d’après lui. J’ai été assez contente de retrouver quelques noms qui m’étaient connus – par la lecture ou l’histoire de la littérature – et en ai repéré quelques autres. Ma mention de l’histoire de la littérature n’est pas anodine ici : Hesse dit lui-même à l’issue de cet exposé que cette bibliothèque est davantage celle des manuels que d’un véritable lecteur avec sa personnalité et ses préférences. Il répare alors cette froide objectivité en faisant part de sa propre expérience et de ses propres choix, en assumant tout à fait sa subjectivité. J’ai de loin préféré ce classement-ci, qui ne correspond pas forcément au mien, mais qui m’a semblé beaucoup plus vivant et passionné que le précédent. C’est donc avec plaisir que j’ai retrouvé cette subjectivité et surtout cette envie de partager sa passion dans le dernier article du recueil, Mes lectures préférées.

Le second article, beaucoup plus court, est intitulé De la fréquentation des livres et a ravi la bibliophile en moi, de même que De la lecture et de la possession des livres : ces deux textes très courts sont une véritable célébration de l’amour des livres et de ces objets si particuliers. Lisez donc vous-mêmes :

Les livres ne sont pas là pour être lus par n’importe qui n’importe quand, pour servir de sujets de conversation et tomber rapidement dans l’oubli comme le dernier bulletin sportif ou le dernier meurtre à la une. Non, il faut les savourer et les aimer sérieusement, sereinement. C’est alors seulement qu’ils dévoileront les forces et les beautés qu’ils recèlent. [p. 68]

Dans De la lecture, Hesse se montre plus critique vis-à-vis de la lecture et surtout des lecteurs, comme le montre la première phrase : « La majorité des gens ne comprennent rien à la lecture et ne savent pas au juste pourquoi ils lisent. » [p. 91] Ces lecteurs qu’il fustige ainsi sont ceux qui, selon lui, lisent trop (et surtout, lisent mal) : cet excès n’est pas bénéfique à la littérature, car elle est alors détournée de son but (cf. ci-dessus). On retrouve une idée semblable dans La Magie du livre (qui insiste davantage sur le livre que le lecteur néanmoins) et dans De la lecture des livres : les lecteurs y sont classés dans différentes catégories ; celles-ci ne concernent pas telle ou telle personne exclusivement. Selon Hesse, chaque lecteur peut passer par ces différentes catégories en fonction du moment et de son humeur. Même si toute vérité n’est pas toujours plaisante à entendre/lire, j’ai trouvé ces articles très justes et très intéressants : le regard lucide d’Hermann Hesse s’applique aussi bien à son époque qu’à la nôtre encore.

Enfin, comme je l’annonçais ci-dessus, certains articles concernent également le travail de l’écrivain : il s’agit de De l’écrivain, de La profession de foi de l’écrivain et de Le Jeune poète. Lettre à maints destinataires. Là encore, Hermann Hesse fait preuve d’une grande lucidité et d’un ton parfois acerbe pour évoquer le comportement de certains de ses confrères indignes d’être nommés « écrivains ». Il souligne également la difficulté de cet état à son époque (et à la nôtre, peu différente de ce point de vue, m’a-t-il semblé) de plus en plus industrialisée.
Bref, je ne peux que vous recommander ces articles d’un lecteur passionné et passionnant, intelligent, lucide et assumant tout à fait sa subjectivité. Une véritable merveille !

Une bibliothèque idéale, Hermann Hesse
Rivages

L’auteur :
Hermann Hesse (1877-1962) est un romancier, poète, peintre et essayiste allemand, puis suisse. Il a obtenu le Prix Nobel de littérature en 1946.

Categories: Art, Essai, Témoignage

About Amandine

Étudiante en littérature, lectrice passionnée et correctrice à mes heures "perdues". Mon blog personnel : http://minoualu.blogspot.com/

4 réponses actuellement.

  1. Celine dit :

    Bonjour,

    J’ai découvert Hermann Hesse grâce à son livre Siddhartha. Il me tarde de lire ce recueil afin de replonger dans l’univers sage de Hesse.

  2. Emmanuel dit :

    Merci pour cette intéressante chronique qui met en lumière des textes méconnus d’un grand auteur. Ayant beaucoup apprécié le Loup des steppes, en particulier pour le ton sage, réfléchi, mais en même temps passionné que Hesse lui donne, je serai absolument ravi de découvrir ce recueil d’articles.

  3. [...] Blog littéraire alternatif (RT @passionbouquins: Une bibliothèque idéale, Hermann Hesse http://t.co/scIbAE14)  [...]

  4. Hervé Weill dit :

    Chronique très intéressante, merci !

You must be logged in to post a comment.

  • Facebook
  • Twitter