Alors ça c’est ce qu’on appelle du très lourd. Impressionnant de prime abord, presque 900 pages en édition de poche, (du coup c’est impossible de le mettre dans sa poche !) ce roman noir est somptueux.

Impressionnant de prime abord, disais-je.  Une originalité qui fait un peu peur pour commencer : le livre débute par la distribution des personnages, un peu comme une pièce de théâtre. Trente-huit personnages listés. Je me demande d’emblée si je vais comprendre quelque chose à ce pavé… Courageusement (et parce que j’ai une confiance presque aveugle dans l’ami qui m’a prêté ce bouquin), j’enchaîne avec le prologue : un match de base-ball improvisé dont la narration dure quelques 35 pages. Pas mal pour un prologue ! Mais c’est bien écrit, c’est fluide, c’est vivant et j’accroche. Il ne me reste plus que 800 pages à lire.

L’histoire

Avec 38 personnages en action vous vous doutez bien que ça ne va pas être très facile à résumer.

Boston, fin de la première guerre mondiale, la ville est en crise, l’économie américaine est malmenée et les soldats de retour du front viennent récupérer leur poste au travail. Inflation galopante, immigration forcément mal vue. Les Noirs, qui sont pourtant là depuis longtemps pour certains, sont stigmatisés. La société est en crise et la police de Boston sous-payée a du mal à empêcher ses propres membres de craquer. « Danny » Coughlin, agent de police et fils du capitaine de police de Boston veut défendre sa profession et s’investit dans le syndicalisme. Ce n’est pas la bonne époque pour cela. Boston est en proie au péril rouge et noir, Bolchéviks et Anarchistes font trembler la population et l’on comprend mal que des agents de police veuillent se syndiquer.

C’est difficile pour d’autres également. Dans une autre partie de l’Amérique des années vingt, Luther Lawrence, jeune Noir américain est en cavale après avoir abattu un caïd de la mafia et l’un de ses deux gorilles. Il quitte donc sa femme qu’il a épousée depuis peu et qui attend un enfant de lui pour tenter de se refaire une santé à Boston.

« Danny » et Luther, deux idéalistes en quête d’une vie meilleure vont finir par se rencontrer et par devenir amis. Un jeune délinquant noir et un policier syndicaliste.

La thématique

Elle est énorme. Ce roman n’est certainement pas seulement une belle histoire. Ceci dit si on s’arrête à cela le livre vaut quand même la peine d’être lu. Mais Dennis Lehanne nous interpelle habilement sur un grand nombre de thèmes de réflexion : la famille, l’héritage culturel, la délinquance, la négritude américaine, le racisme, les luttes sociales, l’engagement politique, le conformisme. Mais aussi le sport et la starification (ben quoi ?) de ses joueurs. Et plein d’autres sujets sur lesquels j’ai pris plaisir à méditer entre deux moments de lecture, parce qu’évidemment ce livre ne se lit pas d’une seule traite…

En résumé

Un pays à l’aube c’est l’histoire d’une Amérique qui se découvre fragile, d’hommes et de femmes qui aspirent tous à la justice et à une vie meilleure mais qui ont des visions très différentes et parfois totalement antagonistes du sens de la justice et du but de l’existence. Chacun est bon à ses propres yeux mais parfois très mauvais pour son prochain…

Un pays à l’aube

Editions Rivages

L’auteur : Dennis Lehane est né en 1966 dans le Massachusetts. Il vit aujourd’hui à Boston. Ses livres sont traduits dans une vingtaine de langues.

Categories: Historique, Société

About Christophe

Lecteur mais aussi (plus modestement) auteur, je vous invite à découvrir mon nouveau livre "Chroniques boulangères réalistes et utiles, Tome 2 : M. Menthol et les rongeurs" dont des extraits gratuits sont disponibles sur ce site.

5 réponses actuellement.

  1. Angy dit :

    Je suis d’accord avec le premier commentaire, de Lehane je n’ai pas lu mieux. Ce roman foisonnant a beaucoup de souffle !

  2. pierre schneider dit :

    de loin le meilleur livre de dennis lehane qui n’oublions pas ,se revendique de la classe ouvrière américaine ! à mettre dans la même veine des écrivains américains de la dépression ( dreiser, steinbeck, dos passos )

  3. Malcolm J. dit :

    « et parce que j’ai une confiance presque aveugle dans l’ami qui m’a prêté ce bouquin » dixit l’auteur, c’est donc une confiance borgne, voire cyclope, je savais qu’il ferait un tabac auprès de toi ce livre. Allez bon pied bon oeil, content d’avoir partagé le pavé avec toi. Tu as réussi un très beau résumé. @+ Tof !

  4. [...] Un pays à l’aube, Dennis Lehane. Share this:PrintPinterestTwitterEmailJ'aimeJ'aimeUn blogueur aime . [...]

You must be logged in to post a comment.

  • Facebook
  • Twitter