Pendant cette période inédite et très particulière de confinement, nous vous proposons de découvrir des témoignages de personnes de tous horizons. C’est une façon de partager ce moment singulier -et quelque peu effrayant- pour découvrir comment chacun le vit à sa façon.

Bon courage à tous, prenez soin de vous !

Nuit blanche…insomnie…pas tout à fait vrai… Je tombe régulièrement dans un sommeil agité, peuplé de démons, de lieux terrifiants. Une espèce de no man’s land gris et nébuleux. J’attends le matin avec impatience en comptant les heures, les minutes et souvent aussi les secondes.

Je jour se lève enfin. J’accueille le chant des oiseaux avec reconnaissance et les rayons de soleil avec gratitude. Enfin délivrée de cette pesanteur suffocante qu’est la nuit.
Le dérouillage reste difficile, l’âge trahit mon corps. La maison est délicieusement silencieuse mais pour peu de temps encore. Le souvenir de l’odeur de pain chaud me chatouille les narines. J’enfile mes vêtements et je sors sans un bruit. Les rues sont désertes et malgré le soleil je suis transie de froid. Le ciel est d’un bleu limpide pourtant. Mes pas rapides se font plus lourds. Je suis prise d’une angoisse soudaine, aurais-je oublié mon argent ou les clés sur la porte ? Je me résonne et j’essaye de calmer cette bouffée d’angoisse en me concentrant sur ma respiration et le gris de l’asphalte. Je regarde les bourgeons naissant des arbres et l’éclosion timides des premières fleurs du printemps dans les jardins avoisinants. Le chemin, plutôt court d’habitude, me paraît interminable. Ce printemps pourtant, je l’ai attendu avec impatience et joie. Finies les journées sombres et froides, la nature s’éveille, se pare de couleurs, d’odeurs et de promesses…C’est la saison qui fait remonter en moi des souvenirs doux, légers et frivoles comme l’odeur de l’herbe fraîchement coupée, le rire des enfants et les couchers de soleil flamboyants. Pourtant, tout cela me semble très loin, comme enveloppé dans un brouillard épais et froid. L’effet du manque de sommeil sûrement…Un chien aboie au loin et me sort de ma torpeur. C’est fou comme un bruit familier peut vous rassurer et rassurer toutes les choses autour. Le soleil me semble plus intense et le froid moins piquant tout d’un coup. Bizarrement, les paroles d’une chanson me reviennent : « viens à la maison y’a le printemps qui chante… » Et je me surprends à la chanter à mi-voix amusée tout en espérant que personne ne puisse m’entendre…Quoique….après tout c’est le printemps non ?
Le bruit d’une voiture au loin remplit tout d’un coup ce silence et me fait sursauter. Comme un bruit. Un bruit dérangeant et insupportable. J’ai l’impression d’émerger tout d’un coup d‘un long sommeil. Bizarre…

J’arrive peu à peu à destination. Le boulanger n’est pas loin, juste au croisement. J’ai même la sensation de sentir l’odeur du pain fraîchement cuit. Mes pas se font plus rapides, la gourmandise probablement. Je ferme les yeux un instant et je m’imagine une belle tranche de pain frais recouverte d’une fine couche de beurre ou de confiture. Je sais déjà que je vais probablement craquer et acheter quelques viennoiseries chaudes et parfumées. Je presse mes pas, un dernier virage et ma destination est enfin atteinte.

Et tout d’un coup, la réalité me rattrape. Devant moi, une pancarte qui me rappelle que le printemps cette année n’est ni doux ni un épanouissement mais une mise à l’épreuve, une lutte…

Un cauchemar éveillé…

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