Sauf erreur de ma part, il n’existe pas de version française de cet ouvrage publié en 2005 aux Etats-Unis par « The Penguin Press ». Jeffrey D. Sachs, sacré « probably the most important economist in the world » par « The New York Times », a les réponses aux questions récurrentes : comment peut-on stopper le cercle vicieux de l’appauvrissement et de la mauvaise santé qui paralyse plus d’un milliard d’hommes ?

Dans cet ouvrage préfacé par le chanteur Bono, le docteur Sachs prend sa mallette d’omnipraticien des économies en déroute pour se pencher sur les économies moribondes de la planète. Il a ainsi voyagé dans plus de 100 pays, de l’Inde à l’Afrique, de la Pologne à la Bolivie, pour conseiller les politiques quant à la réduction de la pauvreté et au développement économique. Dans cet ouvrage de près de 400 pages, le bon docteur Sachs se propose de s’attaquer à la pauvreté des pays les moins avancés, en particulier ceux du continent africain. A l’instar des cinq animaux à voir absolument dans les parcs animaliers africains ou « Big Five », Sachs propose un traitement en cinq points pour éradiquer l’extrême pauvreté :

- Fournir de l’eau potable et assainir le milieu ;

- Développer l’agriculture en améliorant les rendements par des semences de qualité, l’irrigation, des engrais ;

- Apporter une source d’énergie assurant l’éclairage, le pompage de l’eau, le broyage des céréales ;

- Investir l’éducation et

- Améliorer les soins de santé primaire.

A ce niveau, je me permets un petit commentaire. Ma grand-mère, femme empreinte de bon sens et vierge de tout diplôme universitaire, aurait proposé le même traitement. Le médecin que je suis, intervenant depuis plus de 15 ans en Afrique, confirme ce BSP (Bon Sens Paysan) que mon compatriote et confrère alsacien Albert Schweitzer a mis en place au Gabon à Lambaréné un siècle avant monsieur Sachs. En effet, avant de soigner, les médecins se doivent de pratiquer la prévention en sous-traitant avec des professionnels l’eau potable, les latrines, l’amélioration de la nutrition humaine par l’agriculture, l’éducation, l’énergie et en s’impliquant dans la protection maternelle et infantile, les vaccinations… Ces points traités de manière efficiente produisent un bond dans l’état sanitaire de la population. L’aspect proprement curatif de la médecine, réservé aux médecins, produit une amélioration utile mais marginale de l’état de santé d’une population. Le bon docteur Sachs enfonce des portes ouvertes !

Mais il y a plus grave. L’humanitaire des économies en souffrance est aussi connu pour sa « thérapeutique de choc » qu’il a largement appliquée comme une panacée dans les pays en voie de développement. L’exemple de la Bolivie est décrit dans le chapitre 5 : « Bolivia’s high altitude hyperinflation ». Invité en 1985 à « stabiliser » l’économie bolivienne, Sachs déploie son arsenal thérapeutique habituel : privatisations et réduction des dépenses publiques. Sachs omet de décrire les effets secondaires de son traitement : licenciement de 20 000 mineurs de l’étain se tournant vers la culture de la coca, soulèvement de la principale confédération syndicale i.e. la Centrale Ouvrière Bolivienne, grève générale, état de siège déclaré par le gouvernement, emprisonnement de syndicalistes… Les coûts sociaux de cette thérapeutique de choc (sans guillemets) ne peuvent se chiffrer. Le père de la « clinical economy » est affligeant de naïveté dans l’application de sa panacée : les conséquences désastreuses se sont répétées en Pologne en 1989 et en Russie en 1991.

Méfions-nous : en France nous avons les mêmes donneurs de leçons ou « money doctors », conseillers techniques de nos candidats et grands visionnaires devant l’Eternel. Aucun d’entre eux n’a entre-aperçu la crise bancaire et financière de 2008.

The end of poverty, Jeffrey Sachs
Penguin Books

L’auteur :
Jeffrey Sachs est un économiste américain né en 1954 à Detroit

Categories: Société

About Vincent Stoffel

Liseur occasionnel Ami d'Hervé

2 réponses actuellement.

  1. Dominique dit :

    Très bonne analyse. Les bons sentiments ne suffisent pas à faire avancer l’humanité.

  2. Hervé Weill dit :

    Vive le BSP !

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