Atiq Rahimi, né en 1962, a fait ses études au lycée franco-afghan Estiqlal de Kaboul. Il obtient le statut de réfugié politique en France en 1984. Cet auteur et réalisateur (doctorat en audio-visuel à la Sorbonne), à la nationalité franco-afghane, commet en 2008 avec «Syngué sabour» son premier roman écrit en français. La même année, «Syngué sabour» obtient le prix Goncourt.
Ce roman est un monument de précision et de concision. Nous sommes loin des romans de 600 pages aux phrases de 10 lignes. Atiq Rahimi, enfant de la guerre (1979 – 1984), pratique un style lapidaire, efficace, allant à l’essentiel en ciselant le quotidien à l’AK 47 (arme automatique type Kalachnikov la plus répandue au monde) : «Assise entre les deux hommes, l’un caché derrière le turban noir, l’autre derrière le rideau vert, elle lance des regards inquiets.».

Ce roman se déroule «quelque part en Afghanistan ou ailleur s»… Dans la mythologie perse, la «Syngué sabour» ou pierre de patience est une pierre magique qui absorbe tous les non-dits, toutes les souffrances de son propriétaire. Impassible la pierre écoute et, un jour, elle éclate : son propriétaire est délivré. Ici, une jeune femme, dont on ignore le nom, veille son mari paralysé et comateux et se livre à lui. Ce mari, devenu «Syngué sabour», «écoute» les confidences de son épouse.
La respiration régulière du blessé (blessure balistique, il va sans dire), le goutte-à-goutte de sa perfusion et l’instillation du collyre dans ses yeux rythment l’huis clos «psychanalytique» troublé çà et là par le bruit des armes et l’appel à la prière du mollah. La jeune épouse évoque son roman familial où elle interpelle tour à tour un père «absent», un mari absent, une belle-mère intrusive, un beau-père sagement fou (ou l’inverse) et une tante retrouvée. Le quotidien de cette jeune femme est contraint par la survie dans un pays en guerre où la sécurité de ses deux petites filles se décline jour après jour. La jeune femme est déchirée entre ses devoirs de mère et d’épouse alors que sa belle-famille les a abandonnés. Elle quitte l’huis clos pour mettre ses filles en sécurité puis revient aux côtés de son époux pour le veiller et lui confier les secrets de famille. Cette thérapeutique cathartique est décrite de manière magistrale. Des problématiques transculturelles et intemporelles sont évoquées. Il en est ainsi des relations hommes – femmes. Rahimi nous propose du Freud revisité façon afghane où une caille a une valeur métaphorique plus qu’explicite.
La gravité des sujets est pondérée par quelques notes d’humour. Relatant les faits d’un jeune milicien bègue qui «finit» vite, l’opportune tante propose à la jeune femme de conseiller au garçon de «baiser avec la langue et de parler avec la queue !».
La chute du roman conjugue avec le mythe persan une subtile approche freudienne dans l’acte de délivrance de l’héroïne de «Syngué sabour».
Je cours acheter les autres romans de Rahimi.

Syngué sabour : Pierre de patience, Atiq Rahimi
Gallimard

L’auteur :
Atiq Rahimi est né en 1962 à Kaboul



Categories: Passion, Philosophie

About Vincent Stoffel

Liseur occasionnel Ami d'Hervé

You must be logged in to post a comment.

  • Facebook
  • Twitter