Souvenirs de Pépère, Nicole

Ecrit par Confinement printemps 2020 Pas encore de commentaire

Pendant cette période inédite et très particulière de confinement, nous vous proposons de découvrir des témoignages de personnes de tous horizons. C’est une façon de partager ce moment singulier -et quelque peu effrayant- pour découvrir comment chacun le vit à sa façon. Bon courage à tous, prenez soin de vous !

Des jours sans écrire…. « Pas un jour sans une ligne », disait le site. Je n’ai pas tenu, j’ai survécu. J’ai mangé, somnolé, mal dormi. Je me suis nourri, j’ai téléphoné, j’ai arrosé mes radis, j’ai bu un peu plus que de raison pour m’évader de cette monotonie, mais l’évasion n’a pas été au rendez-vous.

Mon soleil, c’est Lili qui vient toquer à ma porte pour m’apporter quelques douceurs, quelques nourritures. On s’envoie des baisers à distance.

Je ne vois personne. Dans le jardin devant le balcon, les pelouses sont vides et la rue plus loin désertée. Les gens âgés seront déconfinés en dernier, j’ai l’impression d’être inutile. Je cherche une raison de me lever chaque matin, je me donne un projet : relire tel auteur, nettoyer le plan de travail de la cuisine, le placard sous évier, regarder  un vieux film, reprendre la peinture et sortir mon chevalet, faire un gâteau… velléités, velléités.

J’ai fait partie de la génération bénie de l’après- guerre, je suis un baby boomer. J’ai grandi en pleine expansion économique. Je n’ai pas eu à chercher du travail, tout était possible. Pour moi, Mai 68 fut plutôt une fête qu’un conflit. J’ai fait mon service militaire mais n’ai pas combattu en Algérie. Ma génération fut une génération privilégiée.

Et me voilà piégé par un virus, un truc qu’on ne voit pas, un truc sournois, qui en plus en plus d’être dangereux vous prive de votre liberté.

Je n’écoute plus la radio, chaque spécialiste qui a sa solution me hérisse le poil. Je ne regarde plus la télévision et ses insipides infos à rallonges. Heureusement restent la musique, le vélo d’appartement et la contemplation de la pousse de mes radis. Restent surtout ceux qui m’appellent et que j’appelle, que j’aime. Je sais que vous êtes là.


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