Cette œuvre d’Henri Vincenot (1912 – 1985) a été publiée la première fois en 1980 sous le titre « Mémoires d’un enfant du rail », le titre originel « Rempart de la miséricorde » n’ayant pas été accepté par les éditions « Hachette ».

Henri Vincenot fait parler son héros Claude à la première personne du singulier. A l’évidence, il s’agit d’une œuvre autobiographique où le chantre bourguignon nous raconte l’histoire de sa famille cheminote pendant la période de l’entre-deux-guerres, histoire se déroulant essentiellement près du « Rempart de la miséricorde », rue dijonnaise surplombant la gare de Dijon. Cette œuvre est une véritable histoire de la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, ou PLM nationalisée en 1938 lors de la création de la SNCF. Je rappelle ici qu’Henri Vincenot a fait une carrière de journaliste à « La Vie du Rail ».

Nous pénétrons dans une société fermée aux rituels et vocabulaire ésotériques. A l’instar de Vincenot, le héros, Claude, a un père technicien à la voie, un grand-père maternel garde-barrière et un grand-père paternel mécanicien ou « Chevalier du Chaudron ». Le sociogramme de cette microsociété comporte trois branches : la plus noble, celle des « Seigneurs », concerne les salariés de la Traction (à vapeur à l’époque d’où le surnom des mécaniciens) au service du matériel roulant ; les salariés de la Voie i.e. dévolus au réseau ferré et ceux de l’Exploitation qui ont la charge des relations avec les clients (ou Trafic) ou s’occupant de la composition et de la régulation des trains (ou Mouvement). Nous vivons avec Claude les heurs et malheurs de cette communauté très refermée sur elle-même mais disposant de privilèges sociaux (congés payés, soins gratuits, coopérative d’achat, retraite…) avant l’heure. Une autre caractéristique du monde cheminot est la solidarité entre ses membres. Au fil des pages, nous affrontons la terrible crise des années 1930, le Front Populaire, les premiers autorails (traction à moteur à explosion fonctionnant au mazout et évoluant sur des rails) et l’avènement d’une fée qui détrônera définitivement la vapeur : l’électricité. L’humour est présent et grâce à l’acuité sociologique de Vincenot nous devenons familiers de cette dichotomie ferroviaire entre les « Gueules Noires » (ou mécaniciens de locomotive à vapeur) et les bureaucrates qui diffèrent même dans les réparties à leurs épouses respectives où le « Toi, occupe-toi de ta soupière ! » est remplacé par un « Oui, chérie. ». Cette crudité et rudesse dans les propos est tempérée par un grand humanisme compagnonnique car les « Seigneurs » sont les seuls salariés à être les dignes descendants du Roi Salomon, du Père Soubise et de Maître Jacques

Un livre bien documenté de lecture agréable

Rempart de la miséricorde, Henri Vincenot
Anne Carrière

L’auteur :
Henri Vincenot est né à Dijon en 1912 et y est mort en 1985

Categories: Historique, Société

About Vincent Stoffel

Liseur occasionnel Ami d'Hervé

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