Rarement le lecteur a l’occasion de faire connaissance avec l’auteur avant de lire son œuvre. En ce cas d’espèce (qui ne saurait être un casus belli mais plutôt un casus pacis), j’ai eu l’insigne honneur et l’immense plaisir de rencontrer un personnage comme je les aime : Jean-Louis Mossière dit Jeanlou. Ce grand jeune homme «un peu vieux» (ses proches amis et sa charmante dame de cœur me comprendront) s’est dévoilé autour d’une excellente table après quelques verres d’un Pomerol de bonne tenue.

Le personnage a de multiples facettes : fumeur de pipe invétéré, sociologue à la vision aigue, épicurien, humaniste rhénan (là où le Rhin fait quasi un angle droit) digne descendant d’Erasme (je le pense sincèrement) et, accessoirement, journaliste à «L’Alsace» à l’agence de Saint-Louis depuis 1972.
En effet, celui qui signe Jeanlou tient, entre autres, depuis 39 ans la rubrique «Point du jour» dans l’édition «Trois frontières» de «L’Alsace». Quotidiennement, il dépeint avec maestria les riches (et moins riches) heures des cantons de Huningue et Sierentz. Au soir de sa vie professionnelle, il a eu la judicieuse idée de réunir ses morceaux choisis des «Point du jour» balayant l’actualité des «Trois frontières» de 1985 à 2010.
L’homme a une vision empathique de son prochain qu’il dépeint avec respect et compassion, ligne de conduite éthique rarement rencontrée chez ceux qui font le commerce de leur plume. Faisant foin de toute activité «plumistique» mercantile, Jeanlou porte son regard aiguisé sur son alter ego en le caressant souvent, quelquefois et subtilement à rebrousse-poil (quand il s’agit des politiciens locaux), l’ébouriffant rarement mais sans jamais l’égratigner !
De thèmes génériques aux problématiques loco-locales, le lecteur exulte en remontant le fil du temps de ce dernier quart de siècle. Peu au fait de la politique locale du pays de Saint-Louis, j’ai surtout été sensible à certains portraits de personnages pouvant s’inscrire au-delà du contexte frontalier et à des sujets supra-locaux. J’en retiens quatre morceaux d’anthologie pour mettre l’eau à la bouche du futur lecteur.
«Les cols amidonnés de Mademoiselle Herzog» relate la transition de l’artisanat à l’industrie dans la blanchisserie où notre héroïne, repasseuse, même «si elle ne s’est jamais mariée, aura quand même repassé son content de chemises d’hommes dans sa vie».
«Les clones rouges», marronnier journalistique en ce mois de novembre, tance la fâcheuse habitude de nos contemporains à décorer leurs façades de pères Noël alpinistes en PVC gonflable : «désormais, c’est plus d’un mois durant que le papa cadeaux se caille les burnes dans une pose qui n’amuse même plus la galerie, ne fait plus rêver les petits».

«A tête fraisée» décrit avec humour la fin des quincailleries (nous avions aussi notre «Quincaillerie Centrale» à Mulhouse), phagocytées par l’insatiable voracité des grandes surfaces : «aux magasins des grandes chaînes la tondeuse à gazon dernier cri avec bar réfrigérant et guidage satellite et à la quincaillerie Maurer le petit bouchon de vidange introuvable».
«La retraite», commise en 2010, conclut magistralement ces chroniques. L’auteur s’interroge quant à sa propre et imminente retraite : «c’est la dépression qui vous travaille et on en a vu se pendre avec le gaz». «A la retraite j’aimerai aussi faire œuvre utile : aider médecins sans frontières comme porteur d’eau dans les camps de réfugiés et des sans abris du Darfour ou de Haïti».
Fin 2011, Jeanlou tient toujours sa rubrique «Point du jour» dans l’édition «Trois frontières» de «L’Alsace».
Un signet, inséré gracieusement dans son livre, vous rappelle à son bon souvenir : le grand escogriffe pose avec ses fines lunettes cerclées dans un nuage de fumée générée par sa bouffarde philosophique et, dans une bulle, Jean-Louis Mossière répond à votre questionnement existentiel : «… et à ceux qui vous diront qu’il s’est éteint, répondez qu’il fume encore !».
Je dirai que les fous du Roi (ceux qui osent dire que le roi est nu …) sont intemporels et transculturels et que notre cocotte sociétale nécessite de manière incontournable le petit bitoniau qui permet à la pression de retomber pour éviter que tout pète : merci, cher Jeanlou !

Quelques brins d’herbe d’un jardin nomade : point du jour, Jean-Louis Mossière
Éditions de Saint-Louis

L’auteur :
Jean-Louis Mossière est né à Bourg-de-Péage (Drôme) en 1947

Le livre est en vente au journal « L’Alsace « à Saint-Louis, aux Leclerc de Saint-Louis et d’Altkirch, à l’Hyper U de Sierentz. Vous pouvez aussi contacter directement l’auteur : petoal@orange.fr

Categories: Nouvelles

About Vincent Stoffel

Liseur occasionnel Ami d'Hervé

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