Ainsi qu’il est justement dit dans ce blog, le livre constitue un extraordinaire moyen d’évasion, de rencontre aussi. Tel est le cas de ce roman qui nous convie au cœur de la société japonaise traditionnelle de l’entre-deux-guerres.

Issues d’une riche famille de commerçants d’Osaka sur le déclin, Tsouro Ko, Satchi Ko, Youki Ko et Tae Ko nous invitent à partager leur quotidien, rythmé par les efforts incessants déployés par les deux aînées pour marier les deux plus jeunes.

La première, Youki Ko, reste attachée au respect des traditions et se conforme aux desseins de ses aînées, tout en affichant une personnalité ambiguë, faite d’apparente fragilité et de soumission mais emprunte à l’occasion de caractère et d’énergie. Son parcours nous apporte un éclairage saisissant sur divers aspects très intimes de la société japonaise, loin de nos codes occidentaux.

La deuxième, Tae Ko, marque une rupture avec le modèle que souhaite imposer la « maison aînée » et cherche à s’émanciper des codes d’un Japon conventionnel, en décalage avec le monde qui se dessine progressivement sous l’impulsion d’un occident culturellement conquérant.

Si au premier abord l’intrigue indique clairement que l’action ne nous conduira pas à de trépidantes aventures, l’attention du lecteur est retenue, tout au long de ces 900 pages, par la magie d’une atmosphère faite de délicatesse et de poésie. C’est pour ma part l’une des principales raisons qui m’a séduit dans ce voyage littéraire. L’auteur parvient à nous captiver au cœur d’une chronique familiale, somme toute banale, en nous invitant dans son intimité culturelle et psychologique et en nous plongeant dans une ambiance extrêmement fine et délicate.

Parcourant ainsi les méandres de ces quatre vies de femmes, au final très différentes, il nous guide avec tact dans les arcanes d’une société japonaise méconnue, tout en agrémentant son récit de sublimes descriptions, tel « l’art » de contempler en famille les cerisiers en fleur, la dévotion d’un peuple pour le mont Fuji ou encore le magnétisme que peut offrir le théâtre Nô. Le dépaysement n’en est que plus fort et le lecteur finit par s’attacher à cette atmosphère raffinée et confortable.

Car en effet, si j’ai eu envie de partager le plaisir que j’ai eu à la lecture de ce roman, c’est que je m’y suis senti bien. Je ne peux donc qu’en conseiller la découverte, en douceur et sans précipitation, afin de rester en harmonie avec cette atmosphère délicate et captivante à la fois.

Quatre soeurs, Junichirô Tanizaki
Folio

L’auteur :
Junichirô Tanizaki est un écrivain japonais né et mort à Tokyo (1886-1966)

Categories: Société

You must be logged in to post a comment.

  • Facebook
  • Twitter