Didier van Cauwelaert : interview

Ecrit par catherine milleliri 2 Commentaires

Présent à la Fnac de Mulhouse pour dédicacer son dernier livre, Le journal intime d’un arbre, Didier van Cauwelaert a accepté de répondre de façon très spontanée à quelques questions pour nos lecteurs autour de son dernier ouvrage.
Toute l’équipe de Passion Bouquins le remercie pour sa disponibilité et sa gentillesse.

Le narrateur de votre dernier roman, Le Journal intime d’un arbre, est un poirier. Comment expliquez vous ce rapport si particulier qui unit les arbres et les hommes ?

Les arbres étaient là avant nous, ils nous ont vu naître et peut-être nous ont fait naître (selon la tradition chamanique). Nous sommes tous nés de le même bactérie initiale, comme toutes les espèces vivantes. Mais l’arbre sait faire ce que nous ne savons plus faire dans l’interaction avec notre environnement, par exemple la transmission de messages à distance. Un arbre attaqué par des chenilles va transformer la composition de ses feuilles pour se rendre toxique et va en même temps envoyer un message d’alerte aux autres arbres sur une distance de six mètres. En ce qui concerne les hommes, si l’on fait le parallèle avec la télépathie ou la transmission de pensée, ce n’est pas très concluant, sauf pour certaines personnes bien entraînées.

Si vous étiez un arbre, seriez-vous un poirier comme Tristan, le héros de votre roman, et si oui, pourquoi ?

Je ne l’ai pas choisi, la vie m’a mis en présence de deux poiriers qui étaient là quand j’ai acheté ma maison. Avec l’un de ces poiriers tricentenaire, j’ai développé un sentiment particulier, peut-être parce qu’il était très mal en point quand je suis arrivé. Le fait de le soigner m’a fait du bien et quand, pour ma part, j’allais mal moralement ou physiquement, il me faisait beaucoup de bien. C’est le pouvoir des romanciers de remettre en vie, en scène et en forme l’histoire des hommes ou des arbres, car l’arbre est quand même un être vivant.

Vous avez dit dans une interview : « Je partage mes mots avec les arbres. » Pouvez-vous nous en dire plus ?

Quand j’écris, je peux travailler quinze heures d’affilée mais pas uniquement dans mon bureau. J’ai besoin de partir dans la forêt avec mes feuilles de notes et de partager ma création avec les arbres. Je sens qu’il y a quelque chose de plus dans cet environnement. J’écris avec tout mon corps , avec tous mes sens, je respire, j’observe…

Avez-vous déjà serré un arbre dans vos bras ? Que ressent-on de particulier quand on fait cette expérience ?

C’est différent pour tout le monde. Personnellement, je ressens comme un arc électrique, quelque chose qui passe, comme un courant de faible intensité. J’ai vraiment l’impression d’être connecté par l’intermédiaire de vibrations dans mon corps. Les arbres ont besoin qu’on leur demande de l’énergie.

Est-ce toujours de l’énergie positive ?

Pratiquement toujours. Mais j’ai senti une sorte de malaise avant la tempête de 1999.

Vous êtes quelqu’un qui continue à écrire à la main. N’est-ce pas en contradiction avec votre amour pour les arbres ?

Il faut utiliser les arbres de manière maîtrisée. Personnellement, je choisis des papiers qui doivent provenir d’une forêt qui va être reboisée.

Votre écriture est très poétique. Quels sont vos poètes favoris ?

Je suis plus un homme de fiction que de poésie mais j’aime bien l’étymologie du mot poésie qui veut dire « faire, créer » en grec. La poésie crée des sonorités et des images à travers des mots, tout comme moi j’ai besoin de créer des situations et des personnages. Le poète qui m’a appris à écrire c’est Georges Brassens : il mettait des poèmes en musique. La brièveté d’un poème permet la densité de l’image à travers des émotions comme l’humour. Elle utilise les différentes sonorités du langage. J’ai absorbé tout ça quand j’avais 7-8 ans C’est en puisant dans la langue de Brassens que j’ai construit ma propre écriture. Mais  j’affectionne aussi des poètes comme Baudelaire, Lautréamont, Verlaine et La Fontaine.

Vous avez également dit : « Si je n’étais pas romancier, je serais devenu escroc. »

Quand j’écris, j’ai besoin de créer d’autres connections avec la réalité, d’autres vies que la mienne. Si je n’avais pas écrit, j’aurais été un imposteur comme Leonardo di Caprio dans le film Attrape-moi si tu peux. Un imposteur, mais pas un arnaqueur.

Didier van Cauwelaert est né à Nice en 1960. Romancier, dramaturge et scénariste, il a obtenu le prix Goncourt en 1994 pour son roman Un aller simple. Il a vendu plus de cinq millions de livres traduits dans une trentaine de langues. Il nous offre avec ce nouveau roman l’un de ses livres les plus singuliers et nous invite, à travers le regard d’un arbre, à penser la vie autrement.

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