Il s’agit d’un essai (fort réussi et pertinent) comparant les insulaires Anglais et les continentaux Français.
Winston Churchill invoque dans ces différences l’intervention de la grâce divine : «God, in His almighty wisdom did not see good to make the French in the image of the English*». Plus près de nous, Pierre Desproges définit l’Anglais : «Les deux caractéristiques essentielles de l’Anglais sont l’humour et le gazon». Au-delà de nombreuses citations savoureuses, l’auteur fait un travail d’ethnographe à travers une analyse très détaillée de deux modes de vie.
Vie courante, langue et communication, sport, géographie, histoire, économie, institutions, culture et éducation sont les organes étudiés dans ce travail d’anatomie comparée entre deux nations géographiquement proches mais taxonomiquement éloignées.
L’histoire et la géographie expliquent de nombreuses différences. Suite à l’invasion normande, le français fut au XIème siècle la langue officielle de la cour royale d’Angleterre. Néanmoins notre langue ne fut utilisée que comme langue vernaculaire par une minorité dominante alors que la langue anglaise demeurait la langue véhiculaire de la majorité des Anglais. Ainsi la langue anglaise consacre deux mots différents pour l’animal sur pied et pour son homologue dans l’assiette : pig et pork pour le cochon, sheep et mutton pour le mouton, calf et veal pour le veau, hen et chicken pour respectivement poule et poulet. On peut regretter que l’auteur n’explique pas que cette différence est due au fait que les éleveurs, anglophones, de bétail ou de volaille étaient au service de la minorité dominante, normande et francophone, consommatrice de ce bétail et de cette volaille. D’où les termes anglo-saxons pour les bêtes sur pied et les termes français pour la viande de ces bêtes.
L’auteur nous apprend également que les onomatopées se traduisent : notre très gaulois cocorico devient un so british cock-a-doodle-do … La stigmatisation de l’autre reste une loi transculturelle en linguistique : filer à l’anglaise se traduit par to take the French leave alors que capote anglaise se dit French letter! Les correspondances anatomiques diffèrent dans certaines expressions idiomatiques : mon œil ! nous donne my foot! et être cul et chemise se traduit par un très pudique to be hand in glove.
La religion est également déterminante dans l’évolution des deux pays. Le schisme avec l’Eglise catholique romaine consacre le protestantisme comme religion officielle en Angleterre. Le catholicisme pointe du doigt l’argent et la richesse, obstacles majeurs au Salut alors que le protestantisme, sans faire l’apologie de la richesse matérielle, considère la réussite financière sans aucun sentiment de culpabilité.
L’éducation, différente dans sa forme, aboutit fort logiquement à des produits différents en bout de chaîne : «A British engineer is a technologist with some knowledge in science while a French engineer is a scientist with some knowledge in technology**».

Yours faithfully

* «Dieu, dans son incommensurable sagesse, n’a pas jugé bon de créer les Français à l’image des Anglais»
** «Un ingénieur britannique est un technicien avec quelques notions de sciences alors qu’un ingénieur français est un scientifique possédant quelques notions de technologie»

Pourquoi les Français n’aiment pas les Anglais … et réciproquement, Pierre-Olivier Lombarteix
Editions du Temps

L’auteur :
Né en 1974, professeur d’anglais à l’Université d’Orléans, Pierre-Olivier Lombarteix est auteur de littérature et spécialiste du monde anglophone.


Categories: Société

About Vincent Stoffel

Liseur occasionnel Ami d'Hervé

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