Puisque ce sont des enfants, parle-leur de batailles et de rois, de chevaux, de diables, d’éléphants et d’anges, mais n’omets pas de leur parler d’amour et de choses semblables. [Kipling]

Mathias Enard n’omet pas un de ces éléments dans son roman Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, ravissant de cette manière la lectrice (tous les lecteurs n’ont-ils pas gardé une âme d’enfant avide d’histoires ?) que je suis.

A partir de quelques faits historiques et d’un pan de l’Histoire peu connu, Mathias Enard tisse un récit flamboyant, brillant et poétique à souhait. Le protagoniste principal est l’artiste Michel-Ange, chargé de la construction du tombeau du pape Jules II à Rome, mais parti à Constantinople dessiner le plan d’un pont pour le sultan Bajazet. Il y découvrira une ville riche et enchanteresse, une Venise musulmane, mais aussi l’amour et qu’il faut partout s’avilir devant les grands de ce monde, ce que son orgueil supporte mal. De même, les jalousies, la haine, les cabales et les complots ne sont pas plus absents ou moins perfides en Orient qu’en Occident, donnant vie et rythme à ce voyage. Celui-ci se terminera rapidement (bien trop vite, tout comme ma lecture) de façon très émouvante et absolument sublime par le geste de Mesihi, son guide et ami.

Cette belle histoire est racontée dans des chapitres très courts, par des phrases parfois hachées, le tout donnant une certaine impression de poésie. Mais les plus poétiques des passages de ce roman sont avant tout les descriptions de la ville lorsque Michel-Ange la parcourt, séduit : par ceux-ci, Mathias Enard a véritablement réussi à me plonger dans cette ambiance orientale et à me faire imaginer les lieux enchanteurs de la Constantinople du 16e siècle. Séduite moi aussi, je n’ai rien vu venir des complots et des ténèbres qui allaient s’abattre sur la fin du roman. De même, je n’ai décelé qui était le « je », dont le monologue à un « tu » émaille le récit à la troisième personne du singulier, qu’à la toute fin, me laissant bercer par une hypothèse agréable mais fausse jusque-là. Ces passages sont ceux que j’ai préférés par ce mystère les entourant et par la poésie dont ils sont empreints.

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants pourrait donc être un coup de cœur pour moi, mais un tout petit détail l’empêche de l’être totalement : les évènements se passent un peu trop rapidement à mon goût, surtout au début, avant que je ne plonge totalement dans cette intrigue. Quelques descriptions ou états d’âme en plus ne m’auraient pas déplu.

Un presque-coup de cœur que je ne peux que conseiller !

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Mathias Enard

L’auteur : Né en 1972, Mathias Enard a étudié le persan et l’arabe et fait de longs séjours au Moyen-Orient. Son roman Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants a remporté le Prix Goncourt des lycéens en 2010.



Categories: Biographie, Passion

About Amandine

Étudiante en littérature, lectrice passionnée et correctrice à mes heures "perdues". Mon blog personnel : http://minoualu.blogspot.com/

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