Peut-on qualifier le dernier livre de Philippe Claudel de livre parfait ? Voici la question que je me pose depuis que j’ai parcouru ce magnifique ouvrage qui vous prend déjà rien qu’en en regardant la couverture. Je n’y vois pas de point faible. Pour moi, avec Philippe Claudel c’est à chaque fois pareil (sauf, pour L’Enquête, je dois le confesser ici), je suis littéralement happé par son univers, par la justesse des mots teintée d’une mélancolie qui même dans les moments les plus joyeux fait son apparition comme pour nous montrer que tout se paye d’une manière ou d’une autre.

L’abécédaire que l’auteur nous propose ici est une succession de scènes de son enfance ou qui s’y rapportent. Attaché à sa Lorraine natale, plus précisément au village de Dombasles, Claudel se souvient de ses premières années passées à la campagne, où son univers est composé de sa famille, de ses voisins et des commerçants, mais aussi de la nature qui l’entoure, les paysages, les animaux.
Pour les moins jeunes d’entre-nous, l’évocation des encriers dans les salles de cours et des plumes Sergent-Major, nous ramènera à des souvenirs olfactifs qu’on croyait perdus. Mais vous reviendront aussi à l’esprit les tabliers, les doigts pleins d’encre et tout un tas de souvenirs liés aux fragrances lointaines.
C’est que le parfum évoque un moment précis et qu’il entraîne une succession de souvenirs en cascade faisant resurgir l’émotion liée à une tarte aux quetsches, à une maladie d’enfance, aux saisons ou à un premier baiser adolescent.

Écrit par Philippe Claudel et c’est un univers d’une grande poésie ou le style et le fond s’assemblent pour vous emporter et vous toucher au plus profond de vous-même, là où les souvenirs et les parfums sont les plus vivaces et les plus précieux, ceux de la jeunesse. Avec douceur et mélancolie nous partageons une partie de la vie de l’auteur, tout en se souvenant que nous avons été des enfants aussi, et que rien de tel qu’un parfum qui passe pour y retourner instantanément.

Si la question de départ peut sembler saugrenue quant à la perfection d’une œuvre artistique, je ne peux m’empêcher de me dire que si je dois rapporter cela en fonction de l’émotion que me procure ce bouquin, nul doute que la réponse est oui.
Je ne résiste pas à l’envie de citer quelques lignes extraites de « Cannelle » : « …on bat les souvenirs, ceux de la vie, ceux de l’Histoire et ceux des romans, comme des cartes. Alors on se met à parler soudain de minaret, de toundra et de princesses recluses. De caravansérails, de petits chevaux et de steppes. De gros tabac, d’épées brisées, d’Empereur en son château transi, de cuir gelé et de soldats restés fidèles, noyés dans une eau russe, alors que tout est perdu, que le monde est mort et qu’il ne le sauront jamais. »
C’est pas beau ça ?

Parfums, Philippe Claudel
Stock

L’auteur :
Philippe Claudel est né en 1962 à Dombasles-sur-Meurthe

Categories: Passion

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