Par le feu, Tahar Ben Jelloun

Ecrit par Vincent Stoffel 1 Commentaire

On ne présente plus Tahar Ben Jelloun (de l’Académie Goncourt) qui commet avec «Par le feu» une «fiction» brève (24 chapitres ou plutôt paragraphes sur 50 pages) relative aux révolutions du monde arabe.

Ce que l’on sait moins c’est que l’écrivain et poète marocain de langue française, vivant en France, a également exercé dans notre pays comme psychothérapeute. Il s’est particulièrement intéressé aux ressortissants du Maghreb qui vendent leur force de travail et vivent, isolés et éloignés de leurs foyers, en France. L’art du psychothérapeute est de remonter dans la biographie des consultants afin de comprendre le pourquoi du comment.

Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi s’immolait par le feu et décédait de ses lésions le 4 janvier 2011. Cet acte de désespoir a déclenché la révolution tunisienne dont nous connaissons les conséquences.

A l’instar du psychothérapeute qu’il est, Ben Jelloun se penche dans «Par le feu» sur la société tunisienne et déroule au lecteur l’histoire naturelle de son héros Mohamed alias Mohamed Bouazizi.

Le récit (Gallimard recense l’œuvre sous récit) commence par l’autodafé (du portugais «acto da fé» signifiant acte de foi) de la licence d’histoire de Mohamed : en revenant de l’enterrement de son père, Mohamed brûle son diplôme car «sa licence en histoire n’intéressait personne». Devenant le responsable de la famille, il se doit de subvenir à ses besoins et, rapidement, reprend la charrette de son père et devient   marchand de fruits ambulant. Puis suivent les humiliations et les vexations subies par le licencié en histoire devant faire face à des contrôles policiers tatillons ne visant qu’à enrichir le contrôleur. La société tunisienne est décrite à travers son quotidien avec brio : un état policier corrompu à tous les niveaux générant le règne de la terreur parmi les honnêtes citoyens. La lecture de ce récit étonne les estivants que nous étions sur les plages d’Hammamet ou dans les orangeraies de Sousse : rien ne nous laissait penser que la Tunisie allait si mal. Le récit se termine par un autre autodafé, celui du héros.

A la lecture de «Par le feu», nous comprenons bien qu’une libération cathartique était inéluctable pour le patient «Tunisie». Il en a été ainsi pour l’Egypte, la Lybie, le Bahreïn, le Yémen et la Syrie car tous les ingrédients étaient réunis pour la catharsis : chômage, misère, «kleptocratie», libertés bafouées…

Vivent* la liberté, la démocratie et le respect des droits de l’homme !

*J’apprécie ma liberté d’écrire «Vivent» car je préfère le subjonctif «Vivent» à l’interjection «Vive» dans ce cas d’espèce. Vive ma liberté !

Par le feu, Tahar Ben Jelloun

L’auteur :
Tahar Ben Jelloun est né en 1944 à Fès (Maroc)

Categories: Essai, Historique

About Vincent Stoffel

Liseur occasionnel Ami d'Hervé

1 réponse actuellement.

  1. Psy Montréal dit :

    Grand homme effectivement et livre très intéressant. A voir également, mais dans un autre registre, « 9.3. – Mémoire d’un territoire », un documentaire qui retrace l’histoire de la Seine-Saint-Denis, et cherche à comprendre pourquoi cette banlieue francilienne est aujourd’hui considérée comme « le sismographe de toutes les tensions sociales du pays».

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