Chen Zhong, vingt-huit ans, marié, cadre supérieur. Il dépense des sommes folles au jeu de mah-jong, séduit à tour de bras, rêve de devenir directeur général, profite de dessous-de-table. Il est un de ces enfants-rois, cynique, égoïste, insouciant, fruit du capitalisme chinois. Mais sa vie va basculer : sa femme, son entreprise, ses amis vont lui demander des comptes. Il va petit-à-petit perdre pied et finira par perdre la vie, au fond d’une ruelle sombre, comme un chien.

Chengdu sert de toile de fond : par petites touches, l’auteur évoque les changements, négatifs, qui l’ont affecté. C’est un roman très sombre, même si le héros est attachant : malgré sa prise de conscience tardive, je n’ai pu m’empêcher d’espérer qu’il allait s’en sortir. Il représente bien une certaine réalité chinoise : la course effrénée à l’argent a détruit les relations entre individus, la jeune génération ne semble qu’avoir pour seul repère la réussite à tout prix. Elle m’évoque un fait divers récent (Marianne du 6 août 2011) : un jeune étudiant d’un conservatoire chinois a renversé par inattention une jeune paysanne avec son véhicule. Voyant qu’elle relevait son numéro d’immatriculation, il est descendu de voiture et l’a tuée. Il n’a pas exprimé le moindre remord et a été soutenu par nombre de ces camarades.

Cette histoire pourrait se dérouler dans n’importe quel pays occidental, mais elle est d’autant plus violente ici que les changements de comportements en Chine sont récents, très rapides (après 1980) et multiples : enfants uniques, ouverture au capitalisme, industrialisation, développement des grandes agglomérations…

La société chinoise ne semble pas savoir quelle place donner à ces jeunes gens. Et ça fait froid dans le dos…

Oublier Chengdu, Murong Xuecun
Éditions de l’Olivier

L’auteur :
Murong Xuecun, est un écrivain chinois né en 1974.



Categories: Passion, Société

1 réponse actuellement.

  1. Roman réaliste sur la Chine moderne. Le thème central est le travail, l’argent et la réussite personnelle. Chen Zhong est directeur commercial, joueur de mah-jong, est amoureux de sa femme mais dragueur invétéré. Pour accéder à la réussite il doit utiliser des moyens non moralement acceptables : la corruption, l’intimidation, le chantage, les
    influences efficaces de son ami Wang Lin, commissaire de police corrompu.
    Le sexe joue un rôle important dans le monde des affaires et de la réussite personnelle. Chen Zhong devient un salaud car il veut gravir l’échelle sociale et obtenir la direction générale de son entreprise mais il n’est pas seul à jouer ce jeu, la concurrence est féroce, ça joue dur dans le monde des affaires car on peut y laisser sa réputation, ses gains et même risquer sa vie.
    La Chine rejoint les règles du jeu de l’Occident pour accéder à la richesse, la reconnaissance d’un monde sans foi ni loi. Un bon roman écrit dans un style efficace, direct, intense.
    Gilles Lagrois, Auclair, Québec

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