« Qu’est-ce que ça veut dire haïdouc ?
- Tu ne sais pas ? Eh bien ! C’est l’homme qui ne supporte pas ni l’oppression ni les domestiques, vit dans la forêt, tue les gospodars cruels et protège le pauvre. »

Panaït Istrati est de la famille.
J’ai, de lui, de précieux livres dédicacés à mon nom, à Yvonne plus exactement, membre de ma famille et du Comité des Amis de Panaït Istrati.

Parmi les membres de ce Comité : Joseph Kessel, Edgar Morin, Marcel Mermoz, bien d’autres femmes et hommes de bonne volonté et…ma chère Yvonne.

Panaït Istrati ?
On l’a surnommé le « Gorki des Balkans ».
Un écrivain roumain autodidacte décédé en 1935.
Fils d’un contrebandier grec et d’une paysanne roumaine, il sera un vagabond du monde au service de la classe ouvrière, de la veuve et de l’orphelin.
Son père est tué par les garde-côtes alors qu’il est encore bébé.
Pas d’école entre quatre murs, pas de tableau noir, l’école de la vie, l’école de la route, l’école des chemins…de fer.
Fichu tableau de bord !

Il fait tous les métiers ou…presque !
Comme Blaise Cendrars, comme Jack London, comme Joseph Kessel, comme Joseph Conrad…
Ces gars-là m’ont donné des ailes de géant m’empêchant de marcher…droit.
Merci à eux !

Enfant, le soir, pour m’endormir (m’évader) je ne comptais pas les moutons de Saint-Exupéry mais les wagons du Transsibérien de la petite Jehanne de France.
Encore merci Blaise !
Petit-fils et fils de cheminot, moi-même cheminot, un temps (soit peu), j’ai gagné mon pain dans les salles des pas perdus.
Des gares, des livres (mes livres de gare, livres de garde) je n’en ai pas perdu une miette.

Panaït erre au gré de la misérable marée humaine et regarde.
Il sait regarder.
Puis il va noter, apprendre à écrire comme on apprend à raconter.
Sur les conseils et les encouragements de Romain Rolland, il va se lancer dans l’écriture comme on largue les amarres.
« Il est conteur-né, un conteur d’Orient, qui s’enchante et s’émeut de ses propres récits, et s’y bien s’y laisse prendre qu’une fois l’histoire commencée, nul ne sait, ni lui même, si elle durera une heure, ou bien mille et une nuits. » écrivait Romain Rolland.

Panaït écrira en français, sa langue d’adoption.
D’abord communiste, il va vite déchanter après un voyage dans la nouvelle U.R.S.S. en 1927. De ce voyage « initiatique » il écrira « Vers l’autre flamme« . Témoignage polémique, à contre-courant qui lui vaut de nombreuses attaques et autres calomnies de ses frères « camarades ». Sept ans avant le « Retour de l’URSS » d’André Gide !

Istrati meurt d’une tuberculose, trop jeune, trop pauvre mais libre jusqu’au bout des doigts d’écrivain, refusant tout aveugle endoctrinement.

« Il a voyagé, erré, cheminé, traîné, dormi sous le soleil et les étoiles, sur les routes et à fond de cale, la faim au ventre mais le rire aux yeux, parce que son besoin de découvertes, d’imprévu, d’aventures, d’échanges nouveaux était plus pressant, plus puissant que celui du pain. » disait de lui Joseph Kessel.

Ses romans racontent les opprimés, les bandits.
Ce sont des romans d’aventures…humaines.
De cape et d’espoir.
Les haïdoucs sont des bandits roumains de grands chemins. Des durs à cuire aux coeurs tendres. Ils volent les riches pour donner aux pauvres.

Tiens, tiens ! Quand j’étais petit j’ai eu les panoplies de Robin des Bois et de Thierry la Fronde pour Noël.
Ces mystérieux justiciers qui vivent dans les forêts vont vous transporter dans le monde féérique d’Istrati.

Vous allez chevaucher avec la belle et sauvage Florea Codrilor « l’amante de la forêt, l’amie de l’homme libre, justicière de l’injustice. »
Ou alors allez longer les méandres du Danube aux bras de Kyra Kyralina.

« Etourdie et narquoise, avec son petit nez un peu rabattu, son menton saillant, les deux fossettes où le dieu de l’Amour avait planté deux grains de beauté presque symétriques, Kyra mécontentait ses amoureux et moi avec ses espiègleries, ses railleries, ses plaisanteries. Les premiers voulaient obtenir davantage et moi je jugeais qu’elle leur donnait trop. »

Waouh, ça fait rêver non ?

Ecoutez, Istrati vous raconte sa vie.
Ouvrez les yeux, Istrati vous montre la vie.
Fermez les yeux, laissez vous aller, laissez vous lire et regardez. Voilà, c’est ça, vous y êtes. Au pays des gendarmes et des voleurs, des cowboys et des indiens, des gentils et des méchants. Le pays de l’enfance…
Istrati vous promet monts et merveilles et tout ça pour pas un rond, ou presque ?

« C’est cela que je suis: solitude et solidarité. »

Oeuvres -tome 1-, Panaït Istrati.
Phébus

Tome 2
Tome 3

L’auteur :
Panaït Israti est né en 1884 à Brăila (Roumanie) et est mort en 1935 à Bucarest

Categories: Classique

About Cripure

Enseignant, marié et quatre enfants. Vit en Auvergne. Mes auteurs préférés : Balzac, Cendrars, Char, Giraudoux, Guilloux et Dostoïevski. Je ne lis pas pour oublier, deviner ou deviser mais pour (sur)vivre ! "Lire vous sépare des échanges de convention." Yannick Haenel. Ah oui j'oubliais : je ne parle que des livres que j'aime !

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