Paul-Jean Husson, Académicien, Officier de la Légion d’honneur, Croix du combattant 1914-1918, médaillé militaire, mutilé de guerre, groupe Collaboration : carte n°50-144 H, membre des Amis du Maréchal.

Il écrit une longue lettre à Herr Sturmbannführer H. Schöllenhammer, un Commandant allemand qui sera son confident.
Paul-Jean Husson est un collabo. Nous sommes en 1942, dans une sous-préfecture de Normandie.

Dans cette lettre d’aveux parfois insoutenables, Paul-Jean Husson va demander un ultime et terrible service au Commandant allemand.

Je vous vois déjà venir de loin avec vos gros sabots, je vous entends déjà supplier : de quel service s’agit-il ?
Oui mais là non, pas question.
Je suis là pour vous donner envie de lire, pas pour vous raconter le livre.
Allez, un petit effort et vous serez récompensés au delà de vos espérances de lecteurs !
Alors de quel service s’agit-il ?

Et bien vous le saurez à la toute fin du livre.

Mais je vous préviens : ce livre est un coup de cœur soutenu…ou plutôt un insoutenable coup de poing !
Husson cite les Évangiles (« Malheur à ceux qui regardent en arrière. »), Flaubert et fréquente le (beau ?) monde littéraire de l’occupation. C’est un homme cultivé, un intellectuel.

Mais Husson est aussi un salaud. Cultivé et intelligent et salaud. Comme quoi l’un n’empêche pas l’autre. Il hait les juifs, les protestants, les métèques et les francs-maçons. Il l’écrit haut et fort dans ses articles qui paraissent dans la presse qui collabore à pleins poumons avec l’occupant nazi. Tout comme Céline, Maurras ou Jouhandeau. Entre de nombreux autres ! (que vous pourrez découvrir en lisant le remarquable «Minuit» de Dan Franck, son histoire des artistes et des intellectuels pendant la débâcle de 1940 à la Libération.) Son fils Olivier se marie avec la belle Ilse (une actrice allemande aux traits aryens et à la blondeur lumineuse) et part rejoindre l’appel de de Gaulle en Angleterre. Le père va renier le fils.

Notre abject Husson (vous pouvez toujours chercher tous les synonymes de salaud, tous lui vont comme un gant ! ) va tomber fou amoureux de sa belle-fille Ilse. Quand le fils n’est pas là le (scélé)rat danse.Plus tard, il apprendra qu’elle est juive…
Mais je ne vais pas vous en dire davantage.

Tout d’abord parce que ce livre se lit comme un polar, captivant ! Et puis parce que, je l’avoue, j’ai encore du mal à parler de ce livre. Il est magnifiquement écrit. Il dérange, trouble.Nous sommes les témoins voyeurs (complices ?) d’un personnage odieux mais éperdument amoureux ! Terrifiant ! Bouleversant !Alors démuni, encore abasourdi, cher lecteur, je suis obligé de vous dire que ce livre est un grand, grand livre, qu’il faut lire absolument !
Je fais court mais ce livre en dit long, très long, sur la nature humaine…

Tiens ça ne tiendrait qu’à moi, je vous obligerais à le lire !

Monsieur le Commandant, Romain Slocombe
Éditions Nil/Collection Les Affranchis (Écrivez la lettre que vous n’avez jamais écrite)

L’auteur :
Romain Slocombe
est né en 1953 à Paris. «Shanghai Connexion», son dernier livre, est sorti en janvier 2012.


Categories: Historique, Policier

About Cripure

Enseignant, marié et quatre enfants. Vit en Auvergne. Mes auteurs préférés : Balzac, Cendrars, Char, Giraudoux, Guilloux et Dostoïevski. Je ne lis pas pour oublier, deviner ou deviser mais pour (sur)vivre ! "Lire vous sépare des échanges de convention." Yannick Haenel. Ah oui j'oubliais : je ne parle que des livres que j'aime !

2 réponses actuellement.

  1. Merci énormément pour cet article. Je ne connaissait pas ce livre. On en veut encore avec autant d’humanité. Merci.

  2. Cripure dit :

    PS : le prix Calibre 47 (2012) du roman policier vient d’être décerné à Romain Slocombe pour son Monsieur le Commandant (éditions Nil)

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