Une jeune fille bien sous tous rapports, méritante, brillante issue d’une famille modeste chrétienne, qui ne fume pas, qui ne boit pas, ne se drogue pas, ne baise pas, reçoit une bourse pour faire ses études supérieures à l’Université DuPont. C’est là que se forme l’élite de l’élite future des USA, managers, traders, et autres engeances qui doivent dominer le monde des affaires, de la finance et de la politique.

Elle se trouve confrontée, la pauvre petite, à un milieu qui n’est pas le sien ; au départ elle se place en marge estimant que son attitude sage et studieuse la rend supérieure aux autres. Du snobisme à rebours. Hélas, la nature humaine est faible et Charlotte a besoin de reconnaissance. Bientôt elle tombe amoureuse d’un jeune prétentieux qui évolue dans une des Fraternités de DuPont. Elle cherche à s’assimiler. En fait elle se fait (mal) b….
Mon avis est assorti de beaucoup de bof, bof ! L’histoire qui est présentée comme un parcours initiatique et comme une critique virulente de l’université américaine, n’est qu’un fatras de clichés, de personnages tous plus haïssables les uns que les autres. C’est long, très long, 650 pages pour raconter quoi au fond que nous ne sachions déjà. Que les élites ne sont pas des anges, que les sportifs des grandes universités sont des arrivistes abrutis… que les politiciens se font faire des gâteries dans les bois par des putes… Toute cette accumulation de clichés ne font pas une critique sociale mais plutôt l’apologie de ce que l’auteur était censé dénoncer.

Et que dire de la navrante tentative de construire la plupart des dialogues (presque le quart du livre) en langage « fucking djeuns genre cool », dont la pauvreté n’a d’égale que la bêtise. C’est presque de la part de l’auteur du racisme anti-jeune. Et puis, il n’est pas utile d’aller aux USA à DuPont pour entendre ça, il suffit d’attendre son gamin à la sortie du collège et pas seulement dans le 93.
Si pour dénoncer il faut consacrer 650 pages à des inepties alors il vaudrait mieux que la littérature ne dénonce pas. La traduction française est d’une platitude inimaginable. Si on veut lire un parcours initiatique intéressant et bien traduit du japonais, il faut lire Kafka sur le Rivage de Murakami. Je n’ai peut-être pas compris, pas saisi l’humour, toute la causticité de l’œuvre de Tom Wolfe. C’est possible.

En général, je n’aime pas chroniquer des livres qui m’ont déplu, c’est un exercice périlleux car d’autres peuvent les aimer. Je ne prétends pas détenir le monopole du bon goût universel. Lisez-le si vous voulez, je vous ai donné mon avis.

Un coup de gueule de temps en temps ça ne fait pas de mal, surtout après avoir avalé 650 pages qui m’ont fait l’effet de hamburgers caoutchouteux, surtout que le nouveau roman de Tom Wolfe vient de paraître. Matraquage médiatique assuré, espérons qu’il sera davantage dans la veine du Bûcher des vanités que dans celle de Moi, Charlotte Simmons.

Moi, Charlotte Simmons, Tom Wolfe
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L’auteur :
Tom Wolfe est né à en 1931 à Richmond (Virginie, USA)

Categories: Société

About Loup 30

Lectrice passionnée, amateur de Céline, Thoreau, Auster, Yourcenar, Gelé, Coe, Vargas. Eclectique …La liste est trop longue. Artisane de mots à lire et à jouer. Je suis comédienne installée dans les Cévennes, accessoirement j'ai un doctorat d'Etat en biochimie. Je tiens un blog et j'ai écrit mon premier roman qui vient de paraître cette année "Se départir". blog http://caronlouise.blogspot.fr

2 réponses actuellement.

  1. Hervé Weill dit :

    Et vlan ! On ne peut pas aimer tous les livres et il faut le dire. Quand c’est bien argumenté ça ne pose aucun problème et c’est bien plus difficile à faire que quand on aime. Bravo !

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