En terminant cette lecture, j’ai le sentiment de l’avoir faite trop tard pour être tout à fait emportée, en oubliant certains défauts qui m’ont marquée aujourd’hui. Cela a pourtant très bien commencé, avec un prologue énigmatique et surprenant :

Je veux vivre.

Il le faut absolument car mon rôle dans cette histoire est trop important. Si je ne vis pas, comment Charles aura-t-il la révélation qui changera sa vie ? Comment Judith sera-t-elle invitée à Vaillac par le vieux comte ? Je veux vivre car je veux voir le crépuscule sur les toits d’ardoises noires de mon château, je veux entendre le cliquetis des automates réparés par Guillaume, et je veux raconter à mes enfants l’histoire de ma vie et de ceux qui me l’ont donnée. Je dois vivre, sinon rien n’aura de fin.

Quelques lignes après celles-ci (qui se révèlent prémonitoires et prennent véritablement sens une fois la lecture terminée), le lecteur comprend que c’est un fœtus encore dans le ventre de sa mère, laquelle vient de tomber et semble abandonner le combat pour vivre, qui va raconter l’histoire qui suit. Débute alors ensuite une plongée littéraire dans la France du 18e siècle, dans le Périgord plus précisément. Par la suite, l’intrigue se déploiera également à Paris, à la veille de la Révolution, puis pendant ses débuts. Qu’importe le lieu, Myriam Chirousse a su reconstituer avec talent cette époque, tant dans ses grands évènements historiques (relatés d’assez loin par l’héroïne plus épargnée que beaucoup d’autres de ses contemporains et proches) que dans son quotidien : les massacres, les famines des premières années révolutionnaires, la vie des villages. Si les intellectuels et les hommes au pouvoir clament le triomphe de la raison, la superstition continue à avoir cours dans les villages et à faire des victimes, comme Charles, « l’enfant du diable ».

Au cours des pérégrinations de Judith, on rencontre de grands noms de l’époque (Olympe de Gouges, Camille Desmoulins, Robespierre, pour ne citer qu’eux), ainsi que d’autres figures fictives non moins fascinantes : un libraire à la vie romanesque et aventureuse, un oncle successivement herboriste, inventeur de machines volantes (une petite montgolfière) et à la recherche du mouvement perpétuel, et enfin chirurgien, un aristocrate reclus dans son passé et le déni de la Révolution, entre autres. Tous participent à la fresque historique retracée par l’auteure et donnent une idée de l’ambiance régnant à cette époque, sans occulter les ombres qui ont accompagné ce triomphe des « Lumières ».

Sur cet arrière-plan, se déroule une histoire d’amour annoncée comme dominante sur la quatrième de couverture : il faut néanmoins selon moi minimiser cette importance. Les amants m’ont semblé bien peu souvent réunis et leur passion certes résistante au temps, mais aussi presque banale. Sans doute attendais-je trop de ce couple constitué de deux « enfants » : l’un maudit et perçu comme le fils du diable, l’autre trouvée dans la forêt et adoptée. Heureusement, la dernière partie du roman révèle le lien qui les unit, au-delà de leur amour, et donne une dimension supplémentaire au récit. Le final de celui-ci n’est guère surprenant, mais a su m’émouvoir et justifier le titre de façon satisfaisante.

Mon véritable bémol ne réside pas dans l’intrigue, mais dans le style et la narration de l’auteure : je ne peux nier qu’elle écrit de très belles descriptions et que de nombreux passages auraient mérité que je les note ou les post-ite, mais tout cela m’a semblé artificiel. Ce style semblait forcé, non naturel et sentant le travail. Cette sensation était renforcée par un jeu permanent sur le suspense, au moins dans les premiers chapitres (je me suis certainement habituée ensuite). Chaque paragraphe semblait en jouer, en laissant le nom du personnage décrit absent avant quelques lignes notamment. Cela m’a beaucoup agacée au début de ma lecture et m’a empêché de savourer pleinement celle-ci.

En conclusion, un très bon roman historique, mais où le style et le cadre historique prenait parfois trop le pas sur l’intrigue d’après moi.

Miel et vin, Myriam Chirousse
Buchet Chastel

L’auteure :
Myriam Chirousse est née en 1973 à Cagnes-sur-mer

Categories: Historique, Passion

About Amandine

Étudiante en littérature, lectrice passionnée et correctrice à mes heures "perdues". Mon blog personnel : http://minoualu.blogspot.com/

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