Jean-François Kahn nous livre à intervalle régulier des brûlots politiques de haut vol. Son livre Menteurs, à peine paru en février 2012 est déjà remplacé par un nouvel opus La catastrophe du 6 mai 2012. C’est au premier de ces deux ouvrages que nous nous intéressons ici, étant plus intemporel car moins lié à une élection.

Ecrit à la manière d’un édito de Marianne, tonique et tonitruant, il vilipende le mensonge comme moyen politique. Jean-François Kahn nous livre quelques vérités abasourdissantes sur l’intervention de la France en Libye, présentée comme une opération de protection des populations civiles, ou les fausses vérités concernant la résolution de la crise financière « qui reviennent à vouloir éteindre un feu en y jetant de l’essence ».

Il établit une hiérarchie des mensonges très intéressante à décortiquer. Il y a le mensonge par omission, qui est monnaie courante et pas seulement en politique. Il y a aussi le fait de distiller de fausses informations qui, à force d’être répétées, finissent par paraître vraies, comme le fait de donner de faux chiffres à l’appui du débat pour ou contre le nucléaire en France. Il y a enfin les mensonges de bonne foi, qui sont proférés par des personnes qui croient vraiment ce qu’elles disent.

Ce qui est condamnable, c’est le mensonge volontaire au service d’une idéologie politique, quand tout est bon pour servir des intérêts partisans au détriment de la vérité. Jean-François Kahn n’épargne personne, ni droite, ni gauche même si dans l’exercice du mensonge ritualisé et repris par son équipe, Nicolas Sarkozy est légèrement montré du doigt. C’est surtout lié à l’exercice du pouvoir, même si ça ne légitime pas pour autant la divulgation d’informations fausses.

De ce livre très factuel, se basant sur les dernières années des gouvernants et des opposants en France, personne ne sort indemne et le livre aurait plutôt tendance par sa démonstration implacable à conforter l’idée du « tous pourris ». Cherchez l’erreur.

Le parler-vrai ne fait pas forcément recette quand on considère la politique comme un combat où tous les coups sont permis.

Il est à regretter que Jean-François Kahn ne fasse qu’effleurer les sujets à la manière d’un éditorialiste alors que ça demanderait allègrement deux cents pages de développements sans forcer. Il finit même sa brillante démonstration par un constat désabusé : notre société n’aime pas la vérité.

Menteurs !

Editions Plon

L’auteur : Jean-François Kahn est né en 1938. Journaliste et écrivain, il a fondé L’événement du jeudi en 1984 puis Marianne en 1997 dont il fut le directeur jusqu’en 2007. Candidat aux élections européennes de 2008 sous la bannière du Mouvement démocrate, il a quitté définitivement le journalisme en 2011 après des propos polémiques sur Dominique Strauss-Kahn.

Categories: Essai, Opinion, Société

2 réponses actuellement.

  1. Dominique dit :

    Il a eu le mérite de démissionner tout seul, sans qu’on ne l’y oblige. Et depuis on l’entend encore plus, vu qu’il publie un livre après l’autre.

  2. G.M dit :

    Depuis l’affaire DSK, je n’arrive plus a lire ou a voir JFK depuis qu’il est passé à la postérité avec son « troussage de bonne ». J’arrive à peine a exprimer mon dégout.

You must be logged in to post a comment.

  • Facebook
  • Twitter