D’aucuns la qualifieraient d’excentrique. C’est peut-être ce qu’elle est, mais ce n’est pas l’avis de son fils écrivain.
Le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle est anticonformiste, très loin de ce qu’on appelle la norme. Avec une vie totalement libérée, faite d’expériences, de spontanéité, de sincérité dans les relations, Fanou ne s’est jamais encombrée des affres du qu’en dira-t-on. Avec toutes ses qualités et ses défauts, elle fut une mère exemplaire qui ouvrit à l’auteur la voie d’une vie éloignée de tout compromis, où l’ennui était un mot banni.

Bourgeoise exigeante, intransigeante sur certains principes de savoir-vivre, libérée et libérale au sujet des relations humaines et de la relation à la vie, elle fut, dans son rôle d’éducatrice, tout le contraire d’une mère protectrice. Sa rengaine préférée : es-tu sûr d’avoir assez aimé ?, semble lui avoir servi de fil rouge tout au long de son existence.

Alexandre Jardin raconte ses souvenirs d’enfance et d’adolescence et sa relation avec sa mère qui ont forgé sa personnalité. Ayant perdu son père à l’âge de 15 ans, surnommé le Zubial, qui a lui aussi été le sujet d’un roman en 1997, il a eu comme modèle sa mère Fanou, qui n’avait de cesse de remettre en cause l’ordre des choses. Avec une éducation plutôt dure et sans compromission, elle lui a ouvert les portes de la vie, une vie trépidante et romanesque en soi.

Sur la couverture du livre figure « Roman ». Or un roman, semble-t-il, est une œuvre de fiction. Alexandre Jardin ne fait pas mystère qu’il s’agit d’un écrit adressé à sa mère, de son vivant, qui ressemble à un hommage, ainsi qu’à de la gratitude de l’avoir fait naître et grandir pour être devenu celui qu’il est. Quelle est donc la part de fiction ? Bien entendu, on peut toujours rétorquer que c’est le roman d’une vie, rédigé à la deuxième personne du singulier. L’exercice est intéressant. Et si tout le monde se mettait à écrire un livre en hommage à son père ou sa mère, au choix, les relations familiales en sortiraient peut-être renouvelées. Alexandre Jardin écrit là un magnifique témoignage d’amour filial.

Dire que cette femme est un roman, est faire injure à toutes les autres mères. Chacune ayant sa part de romanesque et de mystère. Ma mère avait raison est l’antithèse d’Une vie de Maupassant, c’est tout le contraire d’une vie de sacrifices et c’est bien en cela que sa lecture en est vivifiante et ouvre des horizons de vie.

Raconter le livre est impossible. Le lire également. Il faut s’en imprégner et le déguster lentement.

Ma mère avait raison
Editeur : Grasset
L’auteur : Alexandre Jardin : né en 1965, il a connu le succès très tôt avec Le zèbre et ses différents récits qui ont sa famille pour toile de fond.


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