Tout avait merveilleusement bien commencé entre ce livre et moi, comme la fin d’un conte de fées. Le style était plaisant et presque musical, grâce à des phrases souvent courtes, un peu hachées, ainsi que des répétitions judicieusement utilisées. Quant aux personnages, dont la personnalité se dessinait peu à peu, ils étaient originaux, parfois drôles : bien que tous âgés de plus de vingt ou trente ans, ils avaient gardé la fraîcheur, la force et la fragilité de l’adolescence. Nils tout particulièrement m’avait plu par cet aspect torturé et révolté de sa jeunesse d’esprit : efféminé, aristocratique, mal dans un corps qui ne lui correspond pas, révolutionnaire contemporain, persuadé d’être la réincarnation de Robespierre, provocant, ironique et mordant, il était fait pour me séduire. La narration était d’ailleurs souvent centrée sur lui et ses sentiments, ce qui ne pouvait que renforcer mon attachement.

Ma lecture se déroulait donc de façon idéale quand le drame est survenu : à peine avais-je eu le temps de rencontrer ces danseurs de ballet que l’un d’eux disparaissait du texte, tel une étoile filante qu’on a juste le temps d’apercevoir. Cet évènement est survenu (trop) brusquement : cela crée une vraie surprise pour le lecteur comme pour les personnages, mais casse également le rythme du texte. Il m’a alors fallu ré-entrer une deuxième fois dans le récit duquel j’étais sortie et donc mettre un peu de temps à y trouver à nouveau plaisir. Par la suite, d’autres éléments sont à nouveau survenu trop brutalement à mon goût, mais j’y étais mieux préparée et passais outre ce défaut pour continuer mon exploration de la personnalité des personnages. Ceux-ci sont tous extraordinaires et doivent en payer le prix : le maître de danse vit notamment assez mal sa lucidité et sa soif de perfection poussée à l’extrême. De même, ses élèves cachent eux aussi une certaine souffrance derrière leur sourire de scène, une fois hors de portée du regard d’un public.

En conclusion, ce roman est une magnifique plongée derrière le rideau de l’opéra et dans l’univers de la danse, bien que menée parfois trop rapidement : le texte aurait mérité d’être davantage étoffé pour mieux amener les évolutions de l’intrigue.

Les sourieurs de l’opéra, Aurore Rivals
Christian Rolland

L’auteure :
Aurore Rivals est écrivain, flûtiste et Docteur en musicologie. Les sourieurs de l’opéra est son second roman,  né d’une longue expérience dans le milieu de la musique et de la danse, après N’oublie pas d’être un enfant.

Categories: Art, Passion

About Amandine

Étudiante en littérature, lectrice passionnée et correctrice à mes heures "perdues". Mon blog personnel : http://minoualu.blogspot.com/

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