Livrer ses sentiments au sujet d’un livre de Bernard Pivot est un exercice compliqué. Faire la critique du « Pape » du genre demande un effort particulier au niveau du choix des mots et de la justesse du propos. Car même si après tout l’appréciation d’un bouquin tient du goût personnel, et même si on n’aime pas, la moindre des politesses est de traiter le sujet avec un minimum de talent.
C’est donc avec appréhension que je me suis lancé dans cette lecture car en plus, je l’avoue, le principe de l’ouvrage de type « dictionnaire » me rebutait un peu. Avec le classement alphabétique on peut lire le livre dans n’importe quel sens et au final on ne lit rien ou pas grand chose, me disais-je.
Et bien que nenni les amis !
En faisant l’effort de lire dans l’ordre de Ad hoc à Zut, on découvre un Bernard Pivot  intime qui nous enchante par sa sensibilité, sa joie de vivre et son humour, de sa petite enfance à sa vie d’homme d’aujourd’hui dans un pèle-mêle de mots savoureux.
J’ai souvent souri et j’ai bien ri aussi. Pivot joue avec les mots de façon très humoristique, parfois proche de Raymond Devos. Quand il parle du doigt qui petit à petit remplace la main à cause des codes et des claviers, il trouve une belle formule : les mains sont à l’index.
Bernard Pivot est un épicurien, il aime la bonne bouffe (et aussi beaucoup les mots méconnus  utilisés dans le milieu culinaire), le bon vin (répondant lui-même aux questions de son célèbre questionnaire il aimerait être réincarné en cep de romanée-conti) et les femmes, ah les femmes…
Une phrase que j’adore et qui résume cela : « qu’est-ce qui a un goût de revenez-y ? l’amour et la crème brulée. C’est la même chose. » Comment ne pas être d’accord ?
Le livre est aussi émouvant quand il évoque la mort de son père ou une lettre écrite par Jack London à la bibliothécaire de son enfance.

Mais avant tout Bernard Pivot donne le sentiment (confirmé lors de notre rencontre avec lui évoquée par Dominique) d’être un homme d’une grande humilité, et toujours étonné d’être là où il est. Il m’est venu à son encontre une expression un peu désuette mais sans ambiguïté : un chic type.

Chacun pourra se nourrir à sasiété en picorant par ci et par là des petits moments de bonheur d’une vie bien remplie.

Les mots de ma vie, Bernard Pivot
Albin Michel

L’auteur :

Bernard Pivot est né le 5 mai 1935 (allez voir à « cinq » dans le livre) à Lyon.

Journaliste et présentateur télé des inoubliables Apostrophes et à Bouillon de culture.
Créateur du magazine Lire.
Il crée des championnats d’orthographe devenus les Dicos d’or.
Membre de l’académie Goncourt.



Categories: Biographie

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