Chaque lecture des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos est pour moi une nouvelle découverte, un nouvel enchantement, et suscite une admiration sans cesse grandissante de ma part. Même en connaissant chaque détail de l’intrigue et de son déroulement, c’est toujours un véritable plaisir de relire cette œuvre.

Laclos y joue habilement des possibilités du genre épistolaire et les exploite toutes au mieux et au meilleur moment. En effet, un même évènement, raconté par différents personnages ou par un même personnage à différents destinataires, prend un sens tout à fait différent selon les lettres, ce qui dévoile très bien la psychologie de chacun. Ces lettres ne sont pas seulement lues par leurs destinataires, mais interceptées ou volées par d’autres : elles ne se contentent donc pas d’être des récits des évènements, mais participent de ceux-ci et en sont le moteur. Cette fonction les rend plus vraisemblables, de même que le style particulier à chaque personnage lorsqu’il écrit : on peut reconnaître le destinateur, et même le destinataire pour certaines, de chaque missive, rien qu’avec le ton et la façon de la rédiger.

Cécile de Volanges a un style enfantin, qui ne sait pas mentir et dit tout ce qu’elle pense, peu importe à qui elle écrit, ce qui lui est souvent reproché. Il en est de même de Danceny, bien que, plus habitué à la société, il feigne mieux que sa jeune amante. La Présidente de Tourvel respecte les convenances, mais n’est guère de taille face à un libertin comme Valmont. Les lettres de celui-ci à la présidente sont d’ailleurs de véritables chefs-d’œuvre par les nombreux doubles sens qu’on y trouve : il ne ment jamais véritablement, mais sait jouer du langage et de ses ambigüités. Ses échanges avec la marquise de Merteuil sont plus sincères, par leurs confidences et projets réciproques. Enfin, que dire du style de la Marquise ? C’est sans doute celle qui maîtrise le mieux l’art épistolaire et l’âme humaine. Même si elle montre un peu de faiblesse et de jalousie dans la quatrième partie, elle observe tout et est comme la marionnettiste qui tient les ficelles et décide du déroulement du jeu.

Certains ont pu trouver des lenteurs à ce jeu, mais c’est justement parce que le roman suit le rythme des personnages : au début, Valmont s’amuse de son nouveau projet et des « lenteurs », Danceny et Cécile découvrent l’amour et s’arrêtent à chaque pas pour jouir de ce sentiment nouveau pour eux ; par la suite, les choses s’accélèrent jusqu’à dégénérer finalement. Personnellement, je considère cela comme un vrai coup de maître de la part de Laclos : comme dans la guerre qu’il a pratiqué, après le temps de la stratégie, vient celui de la bataille (et des morts).

Bref, un chef-d’œuvre à (re)découvrir.

Les Liaisons dangereuses

L’auteur : Choderlos de Laclos (1741-1803) est un écrivain, surtout connu pour son roman Les Liaisons dangereuses, et officier militaire français.



Categories: Classique

About Amandine

Étudiante en littérature, lectrice passionnée et correctrice à mes heures "perdues". Mon blog personnel : http://minoualu.blogspot.com/

2 réponses actuellement.

  1. Hervé dit :

    Bravo, superbe texte !


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