C’est l’histoire d’un groupe de huit touristes japonnais pris en otages dans une région montagneuse d’un endroit quelconque de la planète. Grâce à un magnétophone dissimulé dans un purificateur d’eau, on apprend que les otages, pour passer le temps et conjurer leur peur, ont décidé d’écrire chacun une histoire qui leur est arrivé et qui les a marqué, puis de la lire aux autres à voix haute. Le grand public découvrira ces récits après leur mort (ne vous inquiétez pas, on apprend ça en page 9, je ne raconte pas la fin) au travers d’une émission radiophonique.
Le fait de savoir que les otages sont morts au moment où on découvre les récits les uns après les autres donne un sens tout à fait émouvant à chacun d’entre eux. On lit évidemment le roman sous un angle différent, c’est très bien vu. Ce qui l’est aussi est qu’on pouvait s’attendre à des histoires où chaque personne parle de sa famille, de ses enfants, de son boulot ou encore de ses vacances (quoique manifestement au Japon il ne semble pas en avoir des masses). Non, ces souvenirs sont à la fois banals et en même temps ils sortent de l’ordinaire dans le sens où des gens simples quittent un instant leur routine.
Le roman est alors construit en neuf nouvelles (et là vous vous dites qu’il y en a une de trop, mais je n’en dirai pas plus…) où l’on découvre chaque otage dans sa vie de tous les jours et pourquoi il se trouvait là au moment de l’enlèvement.
Ce recueil est très agréable à parcourir et les récits sont toujours touchants et d’une grande justesse. On perçoit ici et là quelques facettes de la vie quotidienne japonaise, qui parait pleine de retenue, de silences et de non-dits.
Il n’y a pas de quelconque surenchère dans ces textes, mais juste des récits simples et sincères de personnes bravant la mort. On ne s’attend pas à ce moment là à trouver de l’esbroufe ou du mensonge. Au contraire on a le sentiment que chaque otage s’est laissé allé comme s’il savait que son histoire restera comme un testament.
Chaque nouvelle se déguste différemment mais toutes sont empreintes d’émotions. Je serai bien embêté si je devais en choisir une parmi toutes (allez, peut-être quand même « La salle des propos informels B » au titre mystérieux).
Un livre à lire et à offrir.

Les lectures des otages, Yôko Ogawa
Actes Sud

L’auteure :
Yôko Ogawa est née en 1962 à Okayama (Japon)

Categories: Nouvelles, Passion

1 réponse actuellement.

  1. sanda voica dit :

    Je viens de lire votre chronique ou compte-rendu de lecture que je trouve incitant – envie de lire ce roman donc, surtout que c’est une auteure dont je feuilletais les livres dans les librairies, à chaque nouvelle apparition,sans jamais me décider à en lire un vraiment. Maintenant, ce sera fait : plus d’hésitation, du moins pour ces « Lectures des otages ». Et de surcroît,récemment, j’ai commencé un autre de ses livres : « L’annulaire », paru en 1999 et dont je pense parler, ici même, si toujours possible, dans quelques 600 mots ! Très surprenante, cette écrivaine : elle sait comment « mener » au bout son texte et son lecteur par le bout du nez!

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