Je m’appelle Magdalena Van Beyeren. C’est moi, de dos, sur le tableau. Je suis l’épouse de Pieter Van Beyeren, l’administrateur de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales à Delft, et la fille de Cornelis Van Leeuwenbroeck. Pieter tient sa charge de mon père. J’ai choisi d’être peinte, ici, dans notre chambre où entre la lumière du matin. Nous avançons vers l’hiver. Les eaux de l’Oude Delft sont bleues de gel et les tilleuls, qui projettent au printemps leur ombre tachetée sur le sol, ne sont aujourd’hui que bois sombre, et nu. [J'ai lu, p. 11]

C’est ainsi que débute le récit des Heures silencieuses, à partir d’un tableau d’Emmanuel De Witte, Intérieur avec femme à l’épinette (dont un détail est reproduit sur la couverture). Tout au long du livre, il y sera fait allusion, par des détails glissés çà et là. Cette construction narrative est très bien exploitée par Gaëlle Josse dans ce court roman et m’a semblé plutôt intéressante : le lecteur est invité à l’intérieur du tableau et à rêver avec l’auteure à cette mystérieuse femme représentée de dos. Celle-ci s’exprime à la première personne dans un journal, de façon plus ou moins quotidienne : nous la suivons pendant à peu près un mois, partageant ses souvenirs comme les derniers évènements de son quotidien. Sont ainsi abordés un grand nombre de sujets : la condition de vie des femmes en Europe au 17e siècle, la situation économique de Delft, le commerce maritime de cette région, l’éducation des enfants, les voyages, etc. C’est donc toute une époque qui est concentrée dans ce destin féminin, par petites touches : comme dans le tableau d’Emmanuel De Witte, c’est la musicienne qui attire l’attention, mais d’autres détails historiques et quotidiens n’en sont pas moins présents dans le décor. Pour donner la parole à cette figure féminine, Gaëlle Josse a une plume délicate et pleine d’émotions : ce n’est pas le récit d’une héroïne, mais d’une femme ordinaire qui, parce que femme justement, a dû réprimer sa liberté et ses passions, vouée au silence et à l’anonymat en quelque sorte.

En repensant à ce roman après l’avoir lu, j’y ai remarqué quelques défauts : des passages qui apparaissent assez artificiels dans un journal (comme la présentation dans l’extrait ci-dessus) ou une trop grande légèreté (tout semble survolé). Je n’ai pourtant pas envie de m’appesantir sur ceux-ci, tant j’ai apprécié ma lecture et tant ce roman est fort, même dans sa légèreté : en moins de cent pages, Gaëlle Josse parvient à recréer une époque et à y faire vivre une femme.

Les heures silencieuses, Gaëlle Josse
J’ai Lu

L’auteure :
Le blog de Gaëlle Josse


Categories: Art, Historique, Passion, Voyages

About Amandine

Étudiante en littérature, lectrice passionnée et correctrice à mes heures "perdues". Mon blog personnel : http://minoualu.blogspot.com/

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