Stephan Zweig, le grand écrivain autrichien est au bout du rouleau. Exilé au Brésil avec sa seconde épouse Lotte, il est arrivé à Pétrópolis au terme d’un périple de plusieurs années. Il fût l’un des premiers à quitter Vienne, quatre ans avant l’Anschluss, suite à une perquisition de la police à la recherche d’armes, conscient du danger qui guettait.
Zweig est profondément nostalgique de sa vie d’avant, celle où il était un écrivain exerçant son art dans une Europe prometteuse, « plus que celle des Lumières », d’une vie où il fréquentait l’intelligentsia : Freund, Rilke, Schnitzel, Rolland, Schweitzer et bien d’autres. Il est surtout enclin à de noires pensées et à de profonds moments de déprime.

Le livre nous offre d’abord la possibilité de découvrir une Autriche du début du siècle et d’entre les deux guerres : la beauté de l’architecture et la douceur de vivre. Le contraste est puissant entre cette quiétude et l’arrivée des nazis et des lois anti-juives, comme celle où dans la capitale, on décide de couper le gaz au juifs, car il y a trop de suicides et que cela incommode la population…
Ensuite, nous suivons l’écrivain dans son exil, Londres, New-York, puis sa destination finale, Pétrópolis.
On est frappé par l’abattement de Zweig à chaque mauvaise nouvelle venant d’Europe. Les tragédies sont évidemment bien là, mais il prend tout sur lui, persuadé que l’Allemagne de Hitler finira bien par le rattraper. Il n’est pas un idéologue, il ne se mobilise pas comme d’autres. « Son esprit était à l’image du monde des Juifs. Une terre sous la cendre ».
Laurent Seksik s’est appuyé sur des archives de l’époque, des témoignages et des documents. Comme Laurent Binet pour « HHhH », il essaie de restituer au plus près quel pouvait être l’état d’esprit des protagonistes d’une histoire vraie, celle de Stephan Zweig et de Lotte.
C’est très agréable à lire, romanesque, poétique et tragique.

Les derniers jours de Stefan Zweig
Éditions J’ai Lu

L’auteur : Laurent Seksik

Né à Nice en 1962, Laurent Seksik est médecin et écrivain



Categories: Biographie

1 réponse actuellement.

  1. kuraj mira dit :

    J’ai lu ce livre que j’ai beaucoup apprécié, étant une grande admiratrice de l’oeuvre de Stefan Zweig. J’avoue n’avoir jamais très bien accepté cette idée du suicide, mais le livre de Laurent Seksik, m’a permis de mieux comprendre ce geste de grand désespoir. Un livre que je conseille vivement.

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