Ce dernier livre de Mankell est sorti à peine quelques mois avant sa mort, en 2015. Et la mort est l’élément central du roman où plus que jamais on se demande quelle est la part autobiographique du romancier. Il est recommandé d’avoir lu Les chaussures italiennes avant celui-ci, d’autant que c’est un bouquin formidable. Mais aussi car il y a beaucoup de références, ce serait dommage d’être un peu perdu dans la narration.
On y retrouve Fredrik Welin, encore plus seul après le décès d’Harriet, qu’il a accompagné au bout de sa maladie. Il va échapper lui-même de peu à la mort en fuyant l’incendie de sa maison en pleine nuit. Il ne sauvera rien, aura juste le temps de chausser des bottes, dans sa précipitation deux bottes gauches. Il va habiter provisoirement dans une vieille caravane sur son île, toujours aussi seul. S’il est solitaire c’est par choix. A plus de 70 ans cet ancien chirurgien n’a pas d’ami, juste les connaissances du village : l’épicier Nordin, Veronika qui tient le restaurant, Oslovski qui lui permet de garer sa voiture sur le continent et Jansson l’ancien facteur. Il y a sa fille, longtemps cachée, dont il n’a que des nouvelles épisodiques. Il va rencontrer une jeune journaliste, Lisa.
A son âge, alors qu’il a tout perdu, quelles sont ses motivations ?
J’ai trouvé que le personnage s’était aigri. Les relations avec les gens qui l’entourent sont réduites au minimum. Le contact avec les autres l’agace et il a régulièrement des réactions épidermiques qu’il regrette. Il a du temps et souvent il flâne, traîne, repousse ses décisions. Depuis qu’il a rencontré la journaliste, il espère qu’une dernière histoire d’amour pourra se nouer. C’est pathétique de voir de quelle manière il s’y prend pour la séduire, des stratagèmes qu’il met en place pour rester seul avec elle, on a de la peine pour lui. Mais il a encore beaucoup d’énergie (il prend toujours ses bains matinaux dans la mer glacée) et quand sa fille l’appelle au secours, il fonce à Paris (un Paris plutôt glauque) pour l’aider.
Si le livre est passionnant, il est aussi triste et poignant. Il laisse moins la place à l’espoir que le précédent. Il y a comme de la résignation dans les personnages, comme si les joies ne pouvaient jamais être complètes car au bout du compte on ne connait jamais vraiment les gens. Et puis on termine tous de la même manière.

Les bottes suédoises, Henning Mankell
Seuil

L’auteur :
Henning Mankell est né en 1948 à Stockholm et est mort en 2015 à Göteborg.

Categories: Passion

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