Élaborer un scénario probable pour le XXIe siècle, tel est le défi que relève George Friedman dans son livre de prospective. Ainsi, il pose le débat : « La géopolitique nous apprend que peu d’événements sont sans précédent, et que les occasions de redistribution des cartes sont quasi nulles. »

Il  nous explique dans sa préface, que prédire l’avenir implique forcément de se tromper. Mais les changements géopolitiques sont le fruit d’une lente maturation de l’humanité et de ses enjeux, indépendamment des gouvernements, des dirigeants et des politiques qui ne sont qu’éphémères. Aussi, pour élaborer un scénario crédible de notre avenir dans cent ans, il suffit de prendre conscience que pour beaucoup d’entre nous, nos petits enfants vivront encore au XXIIe siècle et que, globalement l’Histoire n’est faite que de répétitions. L’histoire des crises du XXe siècle est donc riche d’enseignements sur ce qu’il est probable d’imaginer pour le siècle qui vient. Faut-il s’en effrayer ou s’en rassurer ? Les experts qui anticipent notre futur se sont toujours trompés.

Comme il est impossible de faire des prévisions à cent ans, l’auteur se base sur le passé en observant des périodes par tranche de vingt ans, au XXe siècle.

Tout ce qui est arrivé était difficile à prévoir et aujourd’hui même, ce qui paraît important sera peut-être oublié dans vingt ans. Il compare ainsi la situation du monde en 1920 par rapport à 1900, en 1940 par rapport à 1920, en 1960 par rapport à 1940, en 1980 par rapport à 1960 et en 2000 par rapport à 1980. Il montre qu’à chaque fois on s’était trompé. Il part donc du même postulat pour les cent ans à venir dans lesquels il prévoit un avènement des États-Unis qui ont tiré profit des guerres du XXe siècle pour établir leur hégémonie.

George Friedman détecte ainsi les grandes tendances de fond suivantes, indépendamment des courants politiques qui peuvent parfois sembler contradictoires :
-pourquoi le recours massif à l’immigration sera inéluctable dans les pays industrialisés dans les années 2030,
-pourquoi les États-Unis ont un besoin vital de contrôler tous les océans pour garantir leur domination économique et culturelle,
-pourquoi la Russie va s’effondrer et devenir un petit pays,
-pourquoi le Japon, pays pacifiste à ce jour va-t-il progressivement se réarmer,
-pourquoi la population mondiale est inéluctablement condamnée à diminuer et comment ce processus est-il déjà en marche ?

Pologne, Turquie et Japon profiteront également de leur emplacement géographique charnière pour devenir des acteurs importants au cours des cent ans à venir. La Pologne comme frontière naturelle entre la Russie et l’Europe, la Turquie comme pays incontournable pour le commerce dans le bassin méditerranéen et l’équilibre de la paix au Proche-Orient. Le Japon enfin qui disputera aux États-Unis leur domination de l’océan pacifique.

Il va dérouler sa vision du XXIe siècle selon un scénario qui est de plus en plus flou à mesure qu’on s’approche du XXIIe siècle et pour cause : si les postulats qu’il propose pour les deux premières décennies du XXIe siècle ne se réalisent pas, les quatre-vingt années qui suivent ne se dérouleront donc pas comme il les prévoit.

Outre la prospective, passionnante au demeurant, ce livre nous aide également à comprendre le monde tel qu’il est aujourd’hui et comment nous y sommes arrivés, le hasard ayant peu de place en géopolitique. Une fois qu’on en a commencé la lecture, on n’arrive plus à le refermer.

Les 100 ans à venir, un scénario pour le XXIe siècle, George Friedman
Éditions : ZdL

L’auteur :
George Friedman, présenté comme le Jacques Attali américain est directeur de l’agence de renseignement et de veille stratégique américaine Stratfor, fondée en 1996. Il conseille l’armée et l’administration des États-Unis sur les questions de défense nationale et de sécurité.

Categories: Essai, Passion

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