L’histoire se déroule sur une île dont on ne connait rien de la situation géographique, sinon qu’elle est située à 1h30 en bateau du continent. On s’amuse à essayer d’en trouver la localisation, au sud de l’Angleterre, au large de Boston, plus proche de la France ? C’est une question d’imagination, l’auteur s’amuse a donner des indices sur un endroit qui n’existe probablement pas, ou alors par petits bouts, de-ci, de-là. De la même manière, même si on comprend que l’intrigue se déroule à notre époque (la petite héroïne n’a pas de téléphone portable), on peut aussi bien l’imaginer dans les années 20 ou 50. Cette désorientation volontaire a beaucoup de charme et l’auteur ne cache pas les influences d’Agatha Christie ou d’Hitchcock dans un roman qui met en scène une grande bourgeoisie riche et puissante, qui sait donner le change mais qui est hantée par des secrets de famille. Tout se déroule quasiment sur l’Île qui est dominée par une demeure improbable faite de verre et d’acier, dénommée Glass. Seules les maisons de caractères ont un prénom, comme Tara dans Autant en emporte le vent. L’Île et la maison peuvent être considérées comme deux personnages à part entière.

Et ça démarre un peu comme du Camus : Papa est mort…
C’est Marnie qui parle. Cette jeune fille est l’héritière de la famille de Mortemer. Son père est mort, sa mère est gravement malade. Sa grand-mère Olivia veille sur elle. C’est elle qui dirige la famille après la mort de son mari Aristide, architecte hors norme qui a conçu Glass. Marnie est sauvage, elle n’a jamais quitté l’Île. Sa seule amie est Jane, la fille aveugle de la gouvernante des de Mortemer. Elle n’ignore rien de ce qui se passe dans les murs de la maison et dans l’Île.
Olivia tente de préserver l’équilibre des choses, autant pour la réputation de la famille que pour le bien de sa petite-fille. Sa rencontre avec celui qui est devenu son mari a vite tourné au cauchemar. La naissance de son fils ne la consolera que très peu. Des années plus tard, seule Rose, sa belle-fille adoucira son existence.

Les chapitres se succèdent au rythme de chaque personnage qui prend la parole et nous éclaire différemment sur l’histoire des de Mortemer et de leur main-mise sur l’Ile. Géraud, Agatha, Côme, Luc, Vincy, Manos, Lola, chaque personnage va nous donner une version de l’histoire pour finalement construire le puzzle final. Mais ce sont Marnie et Olivia, des femmes de caractère, qui ont la part belle de la narration. Les hommes eux, n’ont pas le beau rôle, c’est un euphémisme.

Si on le reconnait maintenant pour être celui qui a écrit Autobiographie d’une courgette (dont l’adaptation a été primée par deux César et nommée aux Oscar), ce serait oublier un peu vite d’autres romans remarqués tels que Au pays des kangourous et L’été des lucioles, qui mettaient en scène à chaque fois un garçon de neuf ans. Cette fois l’auteur se glisse dans la peau de nombreux personnages et notamment de Marnie, qui en a quatorze. Un exercice différent mais tout aussi pertinent dans la description de la jeune fille, tiraillée entre deux âges, entre révolte adolescente et découverte de l’amour.
C’est un roman qui se lit comme un livre d’aventures ou un thriller, avec la sensibilité qui fait l’écriture particulière de Gilles Paris. Les personnages ont une vraie densité et c’est par l’imaginaire qu’ils s’échappent, de leur condition ou de leur destin.

Categories: Passion

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