Françoise Héritier est connue dans le monde universitaire comme ethnologue et anthropologue. Elle appartient à la longue liste des ethnologues africanistes : Michel Leiris, Marcel Griaule, Germaine Dieterlen… et j’en oublie beaucoup et de fameux. Françoise Héritier a succédé à Claude Lévi-Strauss au Collège de France où elle a donné sa leçon inaugurale du haut de la nouvelle chaire d’étude comparée des sociétés africaines le 25 février 1983. Avec d’autres chercheurs, Françoise Héritier pense que les différences morphologiques entre les hommes et les femmes ne seraient pas que prédéterminées par le gonosome mais également subtilement influencées par la pression de sélection culturelle initiée il y a près d’un million d’années et favorisant nettement l’homme au niveau alimentaire en opposant moult interdits alimentaires à sa compagne.

Son dernier ouvrage est aux antipodes des problématiques ethno-anthropologiques et s’inscrit avec pertinence dans la philosophie de la madeleine de Proust ou dans celle, plus proche de nous, de « la première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules ». Françoise Héritier saisit l’opportunité au bond en répondant à une carte postale que lui adresse son médecin et ami, le professeur Jean-Charles Piette, lors d’ « une semaine volée de vacances en Ecosse ». Elle répond à son ami en lui expliquant que c’est plutôt sa vie que le médecin vole quotidiennement puis s’en suit une phrase sur quelques quatre-vingts pages exprimant les petits riens de la vie qui en font le sel. Elle nous enseigne à ouvrir tous nos canaux sensoriels en toutes circonstances afin de faire de notre mémoire le réceptacle de sensations uniques : « apprécier le toucher d’un beau cuir ou d’une pêche ou d’une chevelure » ; « sortir sur le tarmac à la saison des pluies à la nuit à Niamey et sentir l’odeur chaude et épicée de la terre africaine » ; « sentir la crispation des papilles sur le gingembre » ; « admirer les belles glycines de maisons particulières à Redon » ; « fermer les yeux pour mieux entendre le bruit du vent dans les hauts peupliers de Bodélio… » ! Cette longue mais plaisante et jamais ennuyeuse énumération est parsemée de souvenirs désopilants que cette africaniste a glanés sur le terrain tel « rire encore au souvenir du chaton au bord d’une route togolaise qui mangeait voracement et le poil hérissé des morceaux de viande un peu pimentés ». L’anthropologue éveille aussi notre curiosité : « trouver à l’Université d’Accra des taxis pour Germaine Dieterlen que les chauffeurs fuyaient à cause des ses exigences ». Pourquoi ? Et, ailleurs, elle crée une profonde émotion empreinte de compassion et de désespoir avec « avoir sangloté en silence pendant des heures devant les « virgules » qui tombaient des tours du 11 Septembre ».

In fine, Mme le professeur Françoise Héritier nous invite en quelque sorte à une sublime séance de méditation en pleine conscience (mindfulness meditation) pour le plus grand profit de notre santé psychique, physique et mentale. Le bonheur à portée de main …

Le sel de la vie, Françoise Héritier
Odile Jacob

L’auteure :
Françoise Héritier est née 15 novembre 1933 à Veauche

About Vincent Stoffel

Liseur occasionnel Ami d'Hervé

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