L’idée est venue à l’esprit de Jean-Claude Carrière en parcourant un livre co-écrit avec Luis Buñuel : « Mon dernier soupir ». Le cinéaste espagnol y exprimait par avance le regret de ne plus être en mesure de suivre l’actualité mondiale après sa mort, et pour cause ! Donc s’il le pouvait, tous les dix ans, il sortirait de sa tombe pour acheter quelques journaux, et puis se rendormirait paisiblement…

C’est l’occasion pour Carrière de rendre hommage à son ami, qu’on devine encore très proche, et comment pourrait-il en être autrement ? Comment oublier ces vingt années de collaboration, de complicité et d’amitié ? Mais en se vouvoyant toujours, la classe.
Carrière approche de l’âge où Buñuel est mort et j’ai le sentiment que ce n’est pas anodin dans l’élaboration du livre. Je me souviens avoir entendu Maurice Pialat dire à peu près ceci : « quand on a 80 ans on n’appréhende pas l’idée de la mort comme un homme de 40 ans ». Jean-Claude Carrière cherche des réponses en questionnant son ami dans son caveau du cimetière Montparnasse (ne le cherchez pas, il n’y est pas).
Alors il l’ interroge sur la manière dont il « vit sa mort ». C’est un sujet qu’ils abordaient souvent avant.
Les deux hommes étant profondément athées, ils ne croyaient pas un au-delà. Jouant avec les paradoxes, ils imaginent un enfer « idéal »qui serait une bibliothèque remplie de livres de « plaisirs jadis dédaignés et haïs », où les morts en les lisant auraient le regret de tout ce dont ils se sont abstenus dans leur vie terrestre en espérant une vie éternelle meilleure.
Ces questions existentielles sont le cœur même du livre et sont abordées sans fausse pudeur, sans tabou, comme dans une conversation entre de vrais amis.

On découvre aussi un Buñuel plus intime et farceur aimant faire des blagues, parfois même de très mauvais goût. Provocateur, il ne devait pas être facile d’accès quand on ne le connaissait pas.
Le livre est truffé d’anecdotes incroyables et de rencontres avec de grands artistes du siècle passé.
Il aborde aussi les problèmes modernes des années 80 à nos jours,  les changements politiques, la technologie, le sexe, avec les yeux d’un homme mort depuis trente ans, ce qui donne un recul savoureux.

Convaincus de la disparition sans coup férir de l’humain par autodestruction, Carrière et Buñuel (difficile de ne pas l’associer à l’écriture) ne sont  pas des plus optimistes. Ils vous disent : « profitez-en, après il sera trop tard ! »

Le réveil de Buñuel, Jean-Claude Carrière
Éditions Odile Jacob

L’auteur :
Né le 17 septembre 1931, il est entre autres, écrivain et scénariste pour le théâtre et le cinéma.
César pour le scénario du Retour de Martin Guerre
Molière pour l’adaptation de La Tempête de William Shakespeare



Categories: Biographie, Passion

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