Une parution récente présente le roman de Mathias Grünewald, le maître du Retable d’Issenheim. Ce dernier est décrit d’après ce qu’un observateur de son œuvre, s’il la croise avec la connaissance de l’époque, permet de deviner. Grünewald est ainsi raconté par son aide, sur une période qui va de 1512 à 1528, sur fond de montée du courant protestant, de drame de la guerre des paysans, dans un pays rhénan sortant lentement du Moyen-âge.

Le maître est décrit comme un homme attentif et sensible, désireux de soulager par son art les souffrances des malades de l’ergot de seigle, par le moyen d’une art-thérapie d’avant l’heure.

Les mentalités de l’époque sont restituées, et notamment les agissements des clercs, dont la compromission avec le pouvoir temporel et le désir de richesses et de pouvoir pèsent lourdement sur les foules paysannes ignares et rudes. Dans un tel contexte, les violences du quotidien se muent en brutalités contre les Juifs et en chasses aux sorcières.

Comment alors, lorsqu’on travaille à soulager les peines, peindre les grands moments de la vie du Christ ? Les panneaux du retable doivent représenter une annonciation, une nativité, une crucifixion, une résurrection. Quel sera le message thérapeutique adressé aux pauvres hères dévorés par la maladie de l’ergot de seigle ?

C’est la réponse géniale du romancier, contemplateur d’une effigie qui porte les stigmates de la maladie soignée par les Antonins d’Issenheim : la figure du Christ souffrant, c’est le pauvre, le malade, l’estropié. Si Dieu est incarné, sa souffrance est réelle, son sentiment d’abandon total, sa peine durable, à l’instar de celle des ardents. Ces malades sont atteints dans leur chair tuméfiée, par le poids du monde, son injustice, qui les contraint à se satisfaire d’une nourriture avariée. Ils connaissent confusément Dieu, de l’intérieur de leur expérience, et se reconnaissent en Lui, lui, ce pauvre, si mal représenté sur terre par ceux qui font commerce des indulgences et de la naïveté, aidés par le bras armé des princes.

Le retable des ardents

Editions Le Verger, 2011, 238 pages

L’auteur : Michel Winter est enseignant. Né en Alsace, il vit aujourd’hui à Nice.



Categories: Historique, Psychologie

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