Notre auteur bourguignon met un point final à ce tétraptyque le jour de la Saint-Vincent 1972 après nous avoir narré une chronique de deux années.

Le premier tableau met en place les ingrédients de cette savoureuse intrigue ésotérique qui s’inscrit entre la Bourgogne et Paris en plein XXème siècle. La Gazette, trimardeur sans âge, traverse depuis des siècles le temps et l’espace en arpentant les lignes de force de la Vouivre. Ce personnage, surnommé aussi « le pape des escargots », passe pour un illuminé, avide de boissons fermentées, colportant des « nouvelles » çà et là, d’où son sobriquet « la Gazette ». Gilbert, jeune homme du terroir, vit reclus dans son nid de chouette des monts de Bourgogne, la Rouéchotte, où il dégrossit le bois pour en trouver sa forme originale. Gilbert transmute des billes de noyer en statues religieuses susceptibles d’orner un lieu de culte envahi par les ronces, la chapelle des Griottes.

Dans le second volet, Gilbert vit à Paris grâce à des « mécènes » cupides dont le seul but est de transformer le sculpteur en chaîne de production. Confiné entre un atelier-dortoir sis en plein Montparnasse et des cours nébuleux à l’Académie Fumassier, Gilbert perd la grâce et ne parvient plus à sculpter. Après une épopée entre sa « colocataire » Vera, une étudiante en sociologie névrosée, un ingénieur centralien clochardisé, une exposition des maîtres de l’informel et un séjour au commissariat de quartier, Gilbert retrouve la paix. C’est aux côtés de Germain le Bourguignon Bien-Pensant, Compagnon Passant du Devoir, que Gilbert apprend l’art de la taille de pierre sur le chantier de Notre-Dame de Paris. Sitôt le chantier achevé, nos deux compères quittent Paris pour exercer leur art à Saulieu (Solis Locus ou Lieu du Soleil) un certain 20… juin.

Le troisième tableau renoue avec le terroir bourguignon et son accent rocailleux. Gilbert retrouve Eve, sa promise, et s’engage avec elle la nuit de la Saint Jean. Les deux disciples de Maître Jacques sillonnent les chantiers des édifices cultuels de la Bourgogne, chantiers hantés par la Gazette et sa lecture druidique des pierres. Gilbert devient peu à peu un vrai Compagnon, un vrai Bourguignon de la grande époque. Au décours d’un « accident », Eve se retrouve au Bocage (hôpital de Dijon), estropiée et grabataire dans un lit.

Le quatrième et dernier volet nous ramène là où tout a commencé : la Rouéchotte où Eve gît sur son lit de douleurs après avoir subi plusieurs opérations afin de réparer ses os brisés et tenter de la faire remarcher. En vain. Une étrange alchimie opère : la Gazette transmet de manière informelle la Connaissance à Gilbert qui réhabilite la chapelle des Griottes en y scellant ses statues dont le Christ en croix, sculptures extraites du noyer dégrossi. Puis le fiancé porte sa tendre estropiée sous l’autel de la chapelle et le miracle a lieu : peu de temps après, Eve remarche. La chapelle des Griottes réhabilitée est à nouveau « habitée » et redevient un athanor tellurique propice aux guérisons des « stropiats », fonction qui était la sienne par le passé.

Cette œuvre peut être lue à deux niveaux. Comme un conte où tout est bien qui finit bien avec une chute attendue : et ils eurent beaucoup d’enfants. En le cas d’espèce, Eve et Gilbert donnent la vie à un enfant, Vincent… mais l’œuvre de Vincenot s’arrête là. Une lecture ésotérique étaye cette œuvre. La Gazette est un Grand Initié cherchant à transmettre la Connaissance après des siècles d’errance afin de boucler la boucle. Sous son allure caractérisée par l’incurie et sous un comportement enclin à l’addiction, la Gazette transmet, chemin faisant, le druidisme, le symbolisme et autres ésotérismes dans un siècle (XXème) prônant le matérialisme : « …La Gazette sait bien caresser les deux vouivres : celle de l’eau et celle du vin ! » ou « N’est vrai aujourd’hui que ce qui se mesure, se calcule ! Plus le sens du sacré !… » ou « La clé ! L’escargot ! La giration du monde ! L’enroulement de tout !… ». Henri Vincenot est un passeur et il nous met en garde à travers « Le pape des escargots » qui est un message plein d’humour et, souvent, fort à propos en cette période de confusion : « …Ce sont ces sortes de plaisanteries, les moins logiques, qui ont le plus de chance d’être avalées par les contribuables. A preuve : les élections. ».

Ma prescription préélectorale : la lecture de « Le pape des escargots », la visite du bestiaire de la cathédrale d’Autun ou celle de la basilique de Vézelay et de son tympan puis une descente de cave en hommage à Saint-Vincent (chez Alain Guyard à Marsannay-la-Côte par exemple). Un dernier conseil : prescription à suivre scrupuleusement dans l’ordre indiqué. Et, je ne résiste pas, un ultime conseil pour la route (longue de… cinq années) donné, cette fois, par la Gazette : « Bande d’ilotes et d’otus, faîtes le bon choix ! ».

Le pape des escargots, Henri Vincenot
Folio

L’auteur :
Henri Vincenot est né à Dijon en 1912

About Vincent Stoffel

Liseur occasionnel Ami d'Hervé

You must be logged in to post a comment.

  • Facebook
  • Twitter