Une ville isolée dans un Nord non identifié, privée de tout échange avec le monde extérieur. Et des êtres humains qui prennent avec le temps la forme de leur ville. Dans cet univers, où la pensée se confond avec la superstition , la parole avec les bruits et la compassion avec l’indifférence, l’absurde devient le maître du monde. Une famille s’oppose à ce monde totalitaire, devient la victime d’un crime terrible. Quelque temps après, un navire arrive dans la baie de North et met fin à l’isolement de la ville. Ce n’est pas tout à fait la fin du récit. [Quatrième de couverture]

Une belle promesse non tenue…

Peut-être aurais-je dû tirer une leçon de mon dernier échec de lecture avec un roman nordique, Les chaussures italiennes d’Henning Mankell : encore une fois, je referme le livre beaucoup moins enthousiaste que je ne l’aurais voulu et dubitative. Je savais pourtant mieux à quoi m’attendre et ai apprécié l’ambiance particulière de ce roman, celle d’une ville tout à fait coupée du reste du monde, isolée et refermée sur elle-même. Cette autarcie, tant rêvée par certains, n’est pas du tout présentée comme utopique ; au contraire, les habitants sont taciturnes, superstitieux et sauvages (dans le sens non-cultivés et avec une vision très limitée du bien/mal) Selon l’un des personnages, ce qui les rend ainsi, c’est la coutume dite du nœud coulant : tous les ans, tous les thons de la baie sont capturés dans un immense filet et tués, pendant deux semaines, puis conservés pendant le reste de l’année. Cette tuerie annuelle, considérée comme rituelle et éternelle, sert surtout à maintenir ces hommes dans l’ignorance et l’isolement par la sauvagerie.

Comme je le disais, j’ai apprécié cet univers, bien construit et mis en place par l’auteur, dès les premières pages. Le style d’écriture même témoigne de la personnalité des personnages : il est simple, presque monotone, composé de phrases courtes de structure semblable et descriptives. C’est donc au niveau de l’intrigue que j’ai été déçue dans mes attentes : les éléments annoncés par la quatrième de couverture sont bien présents, mais la transition entre eux est mal amorcée selon moi. On passe de façon trop brusque d’un évènement à un autre, surtout après l’arrivée du bateau par exemple. D’un chapitre au suivant, la situation est totalement transformée, sans explications (celles-ci viennent par la suite) : cela crée une attente et une curiosité chez le lecteur, mais déstabilise également et m’a personnellement donné l’impression de lire deux récits différents. Je pense avoir trouvé dans l’épilogue une explication à ce phénomène, mais elle ne me satisfait pas tout à fait, et je reste sur ma faim, avec l’impression d’avoir goûté divers éléments séparément et jamais dans leur ensemble.

La conséquence de cette dissociation est que les réflexions qui auraient pu être développées – sur l’isolement, l’intrusion d’étrangers dans un monde clos et autonome, le tourisme, etc. – ne sont qu’ébauchés et laissent un goût de trop peu. En conclusion, ce roman est pour moi comme une belle promesse non tenue. Je vous le conseille malgré tout pour son ambiance si vous aimez ce genre de roman.

Le noeud coulant, Nils Trede
Les Impressions nouvelles

Nils Trede, originaire de Heidelberg en Allemagne, rédige des textes pour l’émission télévisée franco-allemande Karambolage et a publié un premier roman en 2008, La vie pétrifiée.


Categories: Société

About Amandine

Étudiante en littérature, lectrice passionnée et correctrice à mes heures "perdues". Mon blog personnel : http://minoualu.blogspot.com/

3 réponses actuellement.

  1. Eliora dit :

    J’ai par ailleurs apprécié la structure très originale du livre, en trois parties. L’épilogue notamment opère un renversement de perspective qui m’a donné envie de relire le texte depuis le début avec un autre regard !
    Quant à l’intrigue, elle m’a captivé car je me suis mise dans la peau du narrateur qui conte son histoire avec beaucoup d’émotion, de poésie, une musique très singulière.

  2. Hervé Weill dit :

    La quatrième de couverture n’est jamais écrite par l’auteur. Il m’est trop souvent arrivé d’être à la moitié d’un bouquin et d’attendre l’évènement annoncé. C’est très énervant et la lecture est trop influencée. Ça fait maintenant des années que ne je lis plus les quatrièmes (sauf quand j’ai terminé le livre), je me fie aux conseils et à mon instinct. La proportion de bons et de mauvais livres est restée la même mais au moins je reste surpris.

    • Amandine dit :

      Je me dis souvent que je devrais le faire aussi pour ces mêmes raisons, mais j’ai du mal à appliquer mes bonnes résolutions une fois face à un livre dont je ne sais rien. Heureusement, quand j’attends suffisamment longtemps entre l’achat et la lecture, j’oublie bien souvent la 4e et garde un effet de surprise.


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