Entrer en politique, en religion, en business, en littérature ou en art, bref dans tous ces grands bazars qui font résonner les trompettes de la renommée à nos oreilles éblouies, avant que nous en percevions la cacophonie, ne dépend que de la porte que l’on prend. Et malheureusement, d’une époque à l’autre, d’une chapelle à l’autre, d’un royaume à l’autre, elles demeurent inchangées. Celle de l’intégrité est la moins fréquentée et ses passants y font souvent figure d’anachorètes décalés.
Celle des besogneux est surpeuplée de gens anonymes. Là encore, les officiants sont multiples. Il y a ceux, nombreux, qui font leur boulot honnêtement sans chercher plus loin que ce qui leur est demandé, petites mains productives, celles de la France d’en bas aurait dit le Monarque, sans qui rien ne fonctionnerait et à qui tous les autres, du haut en bas de l’échelle, doivent néanmoins leur pérennité. S’y presse également en ordre hiérarchique la piétaille courtisane, prête à donner et à recevoir tous les coups foireux, tant elle est tenaillée par la fièvre d’appartenir au cénacle du pouvoir, d’en partager sinon les privilèges, du moins d’en déguster les miettes, être connu plutôt que reconnu étant le traître mot de ce pathétique parcours d’obstacles. Et plus on s’approche de la porte célestielle, celle qui sépare le puissant de l’obscur, le politique du peuple, le décideur du décidé, le chef de ses ouailles, l’élu et ses sbires de l’électeur, plus ça pue.

On aimerait que Le Monarque, son fils, son fief de Marie-Célie Guillaume ne soit qu’une fable politique homérique, une satire féroce maniant à l’excès la caricature de ceux qui affirment nous gouverner au nom de notre mieux-être, tout en déclamant la France sur tous les registres possibles. Hélas, il n’en est rien. Les personnages qui déguisent des êtres de chair et de sang, facilement identifiables, n’ont rien de pittoresque. Le Monarque, girouette assujettie à ses fantasmes grandiloquents et à ses diktats capricieux, gère sa cour selon ses sueurs intimes de l’instant. Un panier de crabes pathétique d’ignominie carriériste et personnelle où s’agitent et parfois se noient des fous furieux tels Cinglé Picrochole à la violence éruptive ou le couple hystérique des Thénardier, des lèches-bottes éculés à force de les avoir essuyé sur tous les paillassons des ministères tel Muet d’Orsay ou Culbuto du Centre, des maffieux sans état d’âme comme le Parrain Don Léonard, le paranoïaque préfet Tigellin ou le littéraire frustré Maître Jourdain, sans oublier son fils, le Dauphin, fruit de tous ses complexes. Ils sont pléthore, ces derviches à la psychologie déjantée, bien décidés à abattre ce qui déplait à leur seigneur et maître, dont l’Arménien l’ami de toujours, et l’auteur du livre, la Baronne.

L’ouvrage lui fut sans doute une saine thérapeutique pour évacuer cette passion glauque de la politique, ou plutôt du pouvoir, à n’importe quel prix, en dessous de la ceinture, en dépit du bon sens, où le cynisme fait office de poison et la haine, d’assassinat manucuré. Mais et c’est dommage, son livre ne sera certainement pas cathartique au point que nous retournions notre carte d’électeur à cette bande de pervers et de mégalos, passés présents et futurs.

Le monarque, son fils, son fief, Marie-Célie Guillaume
Editions du Moment

L’auteure :
Marie-Célie Guillaume est l’ancienne directrice de cabinet de Patrick Devedjian

www.lombreduregard.com


Categories: Société

About melanie

J'ai toujours aimé lire et écrire, mais je n'ai pas toujours eu quelque chose à dire

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