Dans cette œuvre, l’auteur contemporain Marek Halter ne nous livre aucun secret de la kabbale (approche ésotérique du judaïsme) ou de la gématrie (exégèse numérique des textes sacrés en hébreu) mais donne la parole (acte moins anodin qu’il ne le paraît) à David Gans qui nous relate à travers le temps les faits advenus à Prague et en Europe à la fin du XVIème siècle et au début du XVIIème siècle.

David Gans (1541 – 1613), mathématicien et astronome juif ashkénaze, assistant de Tycho Brahe puis de Johannes Kepler, est aussi le disciple du fameux MaHaRaL de Prague. MaHaRaL est l’acronyme de מהרל signifiant Notre Grand Rabbi Loewe qui n’est autre que le chef spirituel de la communauté juive pragoise en cette fin Renaissance. Le MaHaRaL exerce son influence en une période fort troublée par les guerres de religion opposant les catholiques aux protestants, agitée par la conception d’un monde héliocentrique de certains astronomes (conception menant le moine Giordano Bruno au bûcher) s’opposant à celle géocentrique de la papauté, viciée par les miasmes d’épidémies de peste… Les Gentils (non-Juifs) trouvent des boucs émissaires tout désignés quant à l’origine de tous ces maux : les Juifs. Rodolphe II, empereur du Saint Empire romain germanique, s’établit à Prague par amour de la Bohême. Très attiré par les sciences et l’ésotérisme, il demande au MaHaRaL de l’aide pour s’entourer des sommités scientifiques de l’époque. Voyant une paix pérenne pour la communauté juive protégée par l’empereur, le MaHaRaL ordonne à David Gans de sillonner l’Europe et de chasser des têtes. C’est ainsi que Tycho Brahe quitte son île danoise de Hven et son observatoire d’Uraniborg pour rejoindre la cour de Rodolphe II de Habsbourg (celui immortalisé par un portrait fruitier et potager peint par Arcimboldo). Malheureusement, une fois entouré de ses savants, l’empereur capricieux se soucie moins de la communauté juive de Prague. C’est alors que le MaHaRaL crée le Golem, être humanoïde fait avec l’argile du fleuve Vtlava sensé protéger la ville juive de Prague. Il parachève son œuvre en mettant sur le front du Golem les lettres אמת signifiant Vérité puis, par intercession du Verbe, lui donne vie. Ainsi le Golem défend l’enclave juive de Prague puis devient le robot servile de ses habitants pour construire un pont sur le fleuve. Mais le Golem est aussi un objet de curiosité de nombreux visiteurs (dont l’empereur et Tycho Brahe) et devient la risée des enfants. Soumis à l’esclavage des adultes et aux moqueries des enfants, le Golem se rebelle et se met à détruire le pont en cours de construction et les enfants rodant autour de lui… La communauté est stupéfaite devant la rage de la créature anthropomorphe. Le MaHaRaL se doit de mettre fin aux exactions de sa créature en ôtant l’aleph initial du mot אמת ou Vérité qui, alors, devient מת ou Mort. Le Golem se transforme ipso facto en un tas d’argile informe et cesse de nuire.

Ce bref résumé est sous-tendu par une belle intrigue romanesque mais je n’en écris pas plus ! Le mythe du savant et de sa créature humanoïde revisité par le talent de Marek Halter. Le livre peut être prolongé par le récent film de Stan Neumann « L’œil de l’astronome » mettant en scène Johannes Kepler, « Mathematicus » à la cour de Rodolphe II succédant à Tycho Brahe.

Le kabbaliste de Prague, Marek Halter
Robert Laffont

L’auteur :
Marek Halter est né en 1936 à Varsovie (Pologne)

Categories: Historique

About Vincent Stoffel

Liseur occasionnel Ami d'Hervé

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