J’attendais beaucoup de ce premier roman, mais j’étais très loin de m’attendre à un tel coup de cœur ! Ce livre fait partie de ceux qui font vibrer, trembler, pleurer, (sou)rire et écouter, tel un enfant émerveillé par un joli conte. Tout au long du récit, je me suis laissé porter par les mots de Soledad, la cadette destinée à la solitude dès sa naissance par son nom, et par ceux de la conteuse de la famille, celle qui fut mère trop tôt. J’ai tremblé pour les deux sœurs face à l’Ogre, ces deux enfants complémentaires, l’une fille du soleil et l’autre de la lune. J’ai pleuré sur le sort réservé à Angela et Pedro, les deux mal-aimés de la communauté peureuse face à l’inconnu. Je me suis laissée ensorceler par la magie de ce roman, tissé de main de maître par Carole Martinez, et par les gestes de Frasquita, la couturière virtuose.

Ce qui rend ce roman si chatoyant, ce sont tous les fils thématiques exploités et mis en valeur par l’auteure : aucun n’est sous-estimé ou n’éclipse les autres, chacun s’insère harmonieusement dans l’ensemble. Le conte se mêle avec justesse au roman, de même que le merveilleux au réalisme. La magie, très présente, apparaît comme naturelle et vraisemblable, liée aux croyances populaires. On pourrait la considérer dédaigneusement  comme un tissu de superstitions, mais il est si beau d’y croire et de revenir en enfance, au temps des histoires chuchotées le soir. Sur cette première trame, se superpose l’histoire d’une famille et d’une lignée de femmes, une transmission mystérieuse de bonheurs et de souffrances à travers une mystérieuse boîte. La maternité, la fratrie et les liens familiaux sont donc abondamment évoqués. Mais les hommes interviennent également dans ce récit, brisant les vocations et les destins d’un fil noir rageur, à l’image du rouge, symbole du sang et des guerres, ou de la couleur des peurs ancestrales face à l’inconnu. Enfin, le rapport entre l’écrit et l’oral, le roman et le conte, forme la bordure de cette œuvre : on n’y est pas forcément attentif, mais c’est un élément essentiel et structurant, dont la solidité assure le maintien de l’ensemble.

Il y aurait encore tant à dire sur ce magnifique roman, mais je n’ai plus de mots à poser sur toutes mes émotions. Je ne peux que vous en conseiller vivement la lecture.

Le coeur cousu, Carole Martinez
Folio

L’auteure :

Carole Martinez est une romancière et auteure de littérature d’enfance et de jeunesse française née en 1966.


About Amandine

Étudiante en littérature, lectrice passionnée et correctrice à mes heures "perdues". Mon blog personnel : http://minoualu.blogspot.com/

1 réponse actuellement.

  1. Je découvre ce blog via Marie Fontaine…
    Comme je suis d’accord avec cette chronique !
    J’ai été époustouflée par ce style drôlement épuré, précis, poétique même…
    « Du domaine des murmures » est magnifique aussi !
    J’ai moi aussi fait une « petite chronique » de « Coeur cousu » :
    http://www.pascale-madeleine.com/pages/Du_domaine_des_murmures_Carole_Martinez_Gallimard-6389242.html (si vous en avez envie !)
    Amitiés,

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