Le sujet du roman est très simple : un jour, le président Mitterrand, déjeunant dans un restaurant en compagnie de deux amis (dans lesquels on reconnaît Roland Dumas et Michel Charasse), oublie son chapeau. Lequel est ramassé par un certain Daniel Mercier, comptable à la Sogetec. Marqué par cette rencontre, Daniel Mercier va subir une métamorphose spectaculaire dès qu’il aura posé le chapeau sur sa tête. Il va s’opposer à son supérieur, démontrer le bien-fondé de ses propres vues, grimper les échelons… jusqu’au jour où, à son tour, il oubliera le chapeau quelque part. Dès lors le couvre-chef va passer de main en main et de tête en tête, changeant à chaque fois le caractère, voire la personnalité de celui ou de celle qui s’en coiffera.

C’est l’occasion, pour l’auteur, de brosser une galerie de portraits, mettant en scène des personnages qui, n’ayant rien de caricatural ou de forcé, représentent certains pans de la société française. Une jeune femme qui peine à se séparer de son amant et qui se pique d’écrire. Un parfumeur presque tombé dans l’oubli et qui retrouve l’inspiration. Un grand bourgeois plutôt réac qui se met à lire Libé. De plus, l’action est ancrée dans les années quatre-vingt, ce que soulignent des rappels « historiques » : le JT présenté par Yves Mourousi, l’utilisation du Minitel, la référence à des chanteuses de l’époque et aux fameuses colonnes de Buren qui provoquèrent une polémique.

Les procédés employés par l’auteur vont du simple récit au mode épistolaire, alternant monologues et dialogues, une ambiance polar et une certaine dérision.

Le principal intérêt du livre, outre qu’il présente une intrigue intelligente, réside dans l’écriture. Dire qu’il est écrit en bon français (ce qu’on ne peut malheureusement pas dire de tous les ouvrages publiés…) n’est pas suffisant. L’auteur manipule une langue à la fois simple et savante, qui dépeint habilement les caractères, les situations, les ambiances, et se plie de manière très flexible à toutes les nuances que veut faire passer l’écrivain. C’est fluide, riche et documenté, bien « balancé », bref de la belle ouvrage.

On peut lire ce livre comme un « roman à clef », mais on peut aussi s’en délecter sans établir le moindre rapport entre tel ou tel personnage et telle ou telle personne réelle.

On n’oubliera pas de préciser que l’épilogue clôt de façon totalement inattendue l’aventure de ce chapeau, mais on oubliera, bien entendu, de révéler de quelle manière !

Comme l’a écrit un éditorialiste, à vous plonger dans les pages de ce roman, « vous ne risquez que le bonheur ».

Le chapeau de Mitterrand, Antoine Laurain
Flammarion

L’auteur :
Né au début des années soixante-dix, à Paris, Antoine Laurain a fait des études d’histoire de l’art et cinéma. Il a réalisé quelques courts métrages et a exercé divers métiers, dont assistant d’un antiquaire à Paris. C’est dans le monde des collectionneurs qu’il a situé l’action de son premier roman : Ailleurs si j’y suis (2007), pour lequel il a reçu le prix Drouot. Son deuxième roman, Fume et tue, est sorti en 2008. Puis il y a eu en 2009 Carrefour des nostalgies, couronné par le prix Livres en Vignes. Et enfin, en 2012, Le chapeau de Mitterrand, lauréat du prix Relay ainsi que du prix Landerneau « découverte ».

Categories: Passion

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