Appréciant les nouvelles et les textes courts, j’ai été ravie que les Agents littéraires m’en proposent un recueil, malgré mes craintes quant à l’aspect humoristique annoncé par la quatrième de couverture. Après ma lecture, je ne regrette pas d’avoir dépassé cette réticence : j’ai en effet fait de belles découvertes, celle d’un auteur et celle d’une littérature que je ne connaissais pas encore.

Sholem Aleikhem (1859-1916) est présenté par l’éditeur comme « l’écrivain le plus caractéristique de la littérature yiddish moderne » et l’un de ceux qui ont imprimé ses lettres de noblesse à cette langue. Ce recueil de nouvelles, choisies et traduites par Arthur Langerman et Ariel Sion, comporte un humour essentiellement satirique envers la société juive de son temps : avec un regard acéré, l’auteur analyse finement les défauts et failles de ses contemporains, notamment dans leurs confrontations avec les autres cultures. La nouvelle la plus représentative selon moi de cet aspect est la première, Rien de neuf, composée de l’échange épistolaire de deux juifs, l’un habitant au « pays » et l’autre en Amérique. Tout semble les opposer, depuis la manière de s’exprimer (très bien rendue dans la traduction, grâce à de nombreux mots en yiddish ou en « anglais » conservés dans le texte et explicités en note de bas de page) jusqu’à l’état d’esprit : on retrouve par exemple le rêve américain tourné vers l’avenir qui ne peut qu’être meilleur, par opposition à une position plus résignée, ancrée dans le présent, voire le passé et la répétition de celui-ci.

Le regard de Sholem Aleikhem, que je disais acéré, sait aussi se faire malicieux dans certaines scènes, réussissant à m’arracher quelques sourires amusés. Les « ficelles » utilisées sont connues : arnaques, quiproquos, retournements de situation inattendus, etc., mais n’en fonctionnent pas moins et apportent une dimension plus universelle à ces textes, permettant au lecteur non familiarisé avec la culture juive de ne pas être totalement en terrain inconnu. Personnellement, j’ai particulièrement apprécié la nouvelle Mon premier roman qui repose sur ces astuces burlesques : j’avais partiellement deviné la fin, mais ne m’attendais pas du tout à un tel malentendu, amené de façon très brillante et subtile.

Enfin, d’un point de vue stylistique, j’ai été frappée par un procédé récurrent dans les nouvelles : la répétition d’une série d’expressions dans la bouche des personnages-narrateurs. J’y suis peu accoutumée et en ai parfois été agacée. Néanmoins, cela participe selon moi grandement à la construction psychologique des protagonistes, leur confère une personnalité propre que reflètent ces « tics de langage ».

En conclusion, je vous conseille vivement la découverte de ces nouvelles, très bien traduites, dans un style fluide, émaillé d’expressions en yiddish et de phrases récurrentes !

La vie éternelle, Sholem Aleikhem
Métropolis

L’auteur :
Sholem Aleikhem est né en 1859 en Ukraine et est mort en 1916 à New-York


About Amandine

Étudiante en littérature, lectrice passionnée et correctrice à mes heures "perdues". Mon blog personnel : http://minoualu.blogspot.com/

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