La serpe, c’est l’histoire d’un fait divers tragique qui a eu lieu en 1941, dans le château d’Escoire, dans le Périgord. Henri Girard est le seul rescapé d’une nuit d’horreur où son père, sa tante et la bonne sont sauvagement tués à la serpe. Henri, qui dort à l’étage, n’a rien entendu et il appelle au secours au petit matin, ayant découvert les corps mutilés. Les chambres ont été fouillées mais on retrouve des objets de valeurs et de l’argent, tout ressemble à une mise en scène. Rapidement les soupçons se tournent vers Henri, dont les rapports avec la famille sont tumultueux, tout le monde le sait dans le village. Citadin, il vit au-dessus de ses moyens et n’hésite pas à user de tous les stratagèmes pour soutirer de l’argent à Georges, son père et à Amélie, sa tante. Bref, sa réputation est épouvantable et malgré une enquête bâclée par la gendarmerie et la police, les preuves semblent suffisantes et l’accusé est envoyé aux assises.
Le coupable désigné n’est autre que celui qui écrira (entre autres), Le salaire de la peur (adapté au cinéma par Henri-Georges Clouzot), sous le pseudonyme de Georges Arnaud. Acquitté parce qu’il est défendu par un maître du barreau, Henri ne parlera quasiment plus de ce triple homicide dont le coupable n’a jamais été retrouvé. Alors est-il coupable ou le tueur a-t-il échappé à la police ? Est-ce un crime politique ? Lié à la guerre ?

C’est tout l’intérêt du livre et de l’enquête menée de main de maître par Philippe Jaenada. Soixante-quinze ans après les faits, il retourne sur les traces de l’écrivain parce qu’un de ses meilleurs amis, Emmanuel Girard, n’est autre que le petit-fils de l’accusé.
Il se livre à un véritable boulot d’enquêteur, il réalise un travail de fourmi, lisant et relisant les minutes du procès, les compte-rendus des flics, des légistes, les témoignages des voisins, amis et connaissances de Henri Girard. Il étudie la nombreuse correspondance familiale et remet les faits dans le contexte de l’Occupation. Un boulot à faire pâlir Harry Bosch lui-même ! Avec efficacité et avec un humour ravageur, l’auteur fait des déductions dignes de l’inspecteur Colombo. Il se rend à Périgueux, cherche, interroge, va voir le château, tente de retrouver les tombes des victimes, bref il s’imprègne de l’histoire. Et si Henri Girard, alias George Arnaud n’était pas l’homme qu’on croit connaître ? Si les apparences étaient finalement trompeuses ?

Ce bouquin est véritablement passionnant de bout en bout car l’auteur sait nous emmener avec lui dans cette enquête magistrale et rigoureuse, digne des meilleurs romans ou séries télé. A la manière de Henry Fonda dans 12 hommes en colère, il nous amène peu à peu à regarder les faits sous un autre angle. C’est juste fascinant comme des certitudes peuvent tomber !
La serpe a été récompensé par le prix Fémina 2017, qui prouve cette année encore sa grande qualité.

La serpe, Philippe Jaenada
Julliard

L’auteur :
Philippe Jaenada est né en 1964 à Saint-Germain-en-Laye

You must be logged in to post a comment.

  • Facebook
  • Twitter