Notre philosophe normalien, français de naissance, naturalisé belge et bruxellois d’adoption, commet un ouvrage de cinq nouvelles.

La première de couverture donne le ton (vert et bleu) de cet ouvrage mélancolique : un détail d’une «Marine verte» du peintre belge Spilliaert (né à Ostende) nous renvoie à la quatrième de couverture où nous pouvons contempler à loisir une vignette de l’aquarelle d’origine de ce contemporain d’Emile Verhaeren.

La rêveuse d’Ostende est l’héroïne éponyme de la première nouvelle. L’auteur qui s’exprime ici à la première personne se remet d’une rupture dans cette station balnéaire de la mer du Nord. Sa logeuse, Emma Van A., énigmatique personnage cloué dans un fauteuil roulant, passe ses journées dans son salon entourée de ses livres à rêver de son passé. Dans cet huis clos intervient un troisième personnage Gerda, la nièce d’Emma Van A., rustaude flamande au verbe haut. Peu à peu, l’auteur recueille certaines confidences de sa logeuse, morceaux de puzzle d’une vie sentimentale hors du commun que dément a priori formellement Gerda. L’auteur se méfie des affabulations de cette logeuse mythomane. Mais le temps (et la mort d’Emma Van A.) va rassembler ce qui est épars en reconstituant avec subtilité le puzzle. Une grande histoire d’amour en 87 pages sublimes.

La seconde nouvelle Crime parfait nous ramène en France où Gabrielle (alias Gaby) et Gabriel (alias Gab) de Sarlat filent des décennies d’un parfait amour autour d’une famille unie (trois enfants) et d’une activité d’antiquaire dans la ville de Senlis. Survient Paulette, une cliente du commerce familial, qui va semer le doute dans l’esprit de Gaby quant à son mari «trop» parfait. «Dans quelques minutes, si tout se passait bien, elle tuerait son mari»…

La guérison met en scène une infirmière de 25 ans, Stéphanie travaillant dans un service de réanimation chirurgicale de la Pitié-Salpêtrière, et un de ses patients aveugle et paralysé suite à un accident, Karl Bauer, photographe, homme mûr aux nombreuses conquêtes féminines. Stéphanie se réfugie dans une activité quasi-monacale d’infirmière alors que Karl étale au grand jour ses partenaires. Une petite phrase aura une vertu thérapeutique «Quelle chance d’être soigné par une jolie femme…». Karl va décéder et Stéphanie va renaître.

Les mauvaises lectures nous narrent les vacances en Ardèche d’un cousin, professeur en hypokhâgne et réfractaire aux romans, et d’une cousine, facétieuse et amatrice de mauvaises et inutiles lectures. Maurice Plisson va subtiliser, par ennui et par curiosité, le roman que Sylvie vient d’acheter dans un supermarché. Il ne pourra plus s’en détacher…

La femme au bouquet est l’histoire d’une femme attendant quotidiennement pendant des années un voyageur sur le quai 3 de la gare de Zurich. Enfin, le voyageur tant attendu se voit remettre le bouquet orange et le couple quitte la gare bras dessus, bras dessous…

La Rêveuse d’Ostende

Editeur : Albin Michel / Livre de poche

L’auteur : Eric-Emmanuel Schmitt est en 1960 à Sainte-Foy-lès-Lyon en France. Il est dramaturge, nouvelliste, romancier et réalisateur franco-belge.



Categories: Nouvelles

About Vincent Stoffel

Liseur occasionnel Ami d'Hervé

You must be logged in to post a comment.

  • Facebook
  • Twitter