Le moment le plus délicieux dans l’activité de lecture reste, à mon sens, celui du choix. L’aura de l’aventurière française tibétologue, la «coécriture» avec son fils adoptif, l’oxymore du titre et le caractère suranné de l’œuvre (1ère édition en 1954) ont parfaitement convenu à mon hétérodoxie atavique. Il faut préciser que l’œuvre a été écrite exhaustivement par Lama Yongden puis traduite en français et préfacée par Alexandra David-Néel. Dois-je rajouter, à ma grande tristesse, que Néel est quelquefois orthographié Neel alors que la grande dame était, on ne peut plus, française.

Le mets littéraire fut à la hauteur de ma mise en appétit. Plusieurs niveaux de lecture sont possibles : le roman d’aventures, le polar, le document anthropologique, l’œuvre de philosophie bouddhiste voire le traité ésotérique. Ainsi l’ouvrage peut se lire par un public éclectique de 7 à 120 ans. Il mérite également de se relire pour profiter pleinement de son enseignement.

Un méditant, reclus dans son ermitage himalayen, est retrouvé mort par un de ses rares disciples. Tout suppose un assassinat. Le disciple, sur la foi d’un indice ou plutôt de son absence, part à la recherche éperdue de l’assassin. S’en suit une épopée à travers le Tibet et la Chine à la recherche du présumé meurtrier. Le disciple tibétain des hauts plateaux, mal dégrossi, découvre la Chine, ses subtilités et ses méandres : âpreté d’une bastonnade, solitudes d’un cachot, sérénité d’un monastère, voluptés (mal appréciées) de la couche d’une commerçante chinoise se succèdent à un rythme effréné. Peu à peu, le voyage géographique confine au voyage intérieur. Une circumambulation épique ramène notre disciple à l’ermitage, là où tout a commencé. Cette circumambulation, à l’instar de la roue de la vie du bouddhisme, tourne autour du classique triptyque : interdépendance des événements, vacuité per se des êtres et des choses, et impermanence.

La puissance du néant clôt le triptyque littéraire romanesque dévolu par Mme David-Néel au Tibet. Je n’en ai pas lu les deux premiers panneaux : Le lama aux cinq sagesses (1935) et Magie d’amour et magie noire (1938). Remarquons, les yeux plissés, que les initiales de la fameuse orientaliste représentent aussi le sigle d’une autre roue de la vie : A.D.N.!

La puissance du néant, Lama Yongden et Alexandra David-Néel
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Les auteurs :

Alexandra David-Néel (1868 St-Mandé-1969 Digne-les-Bains), Franco-Belge a été orientaliste, tibétologue et chanteuse d’opéra.
Lama Yongden (1899 au Sikkim-1955 Digne-les-Bains), Lama et fils adoptif d’Alexandra David-Néel.

Categories: Passion

About Vincent Stoffel

Liseur occasionnel Ami d'Hervé

1 réponse actuellement.

  1. [...] que la féministe orientaliste Alexandra David-Néel (1868 – 1969) a consacré au Tibet : « La puissance du néant » publié en 1954. Mais cette œuvre a été écrite exhaustivement par son fils adoptif, Lama [...]

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