Nous sommes à la Varune chez Clovis Narigon, dit Clo pour les intimes, à deux pas de la calanque des Pierres Tombées. Clo vit seul avec son chat Iago et ses chèvres.Tranquille quoi. Personne pour l’emmerder. Bien bougon. Il se nourrit de sardines à l’huile et de potes pour boire un coup au Beau Bar, le centre du monde à l’heure de l’apéro. Il n’a plus trop la force de vouloir changer la vie. Avant (dans une autre vie) Clo était grand reporter. Et puis il y a Emma Govgaline. Elle est flic. «Un modèle de Giacometti au visage d’héroïne de manga.» En mal d’amour. Deux personnages avec lesquels on se sent bien. Six mois qu’ils ne se sont pas vus. Avant (dans une autre vie) Emma et Clo étaient, hum, comment dire, amoureux.

Emma  rapplique chez Clo avec une vidéo plutôt macabre. Un Fantômas s’est amusé à se filmer en train de torturer et brûler sa victime. Le corps calciné a été retrouvé dans une calanque, celle  des Pierres Tombées. A deux pas de chez Clo.

Et nous voilà embarqués dans une drôle d’estomagade (cherchez pas plus longtemps dans votre dictionnaire cinq volumes de Langue Française acheté à crédit sur dix-huit mois, ça veut dire frayeur en marseillais). Surprenant casting. Des faux Derain et des vrais truands. Une aristocrate de la vieille Europe qui lit du Craig Johnson. Un peintre «branchouille» fils d’une figure héroïque de la French Connexion. Un milliardaire russe, ex-trafiquant d’armes, ex-KGB qui investit dans la Ligue 1 du championnat français de football. Un faussaire expert en planche à billets. Un cadavre plongé dans la fosse des Pestiférés dans la baie de Marseille, vaste faille dans laquelle on a immergé la vaisselle des victimes de la grande peste de 1720. Un pope qui bénit un commando de la mort en partance pour les massacres de Srebrenica. Un criminel de guerre en fuite. Si, si ça existe.

Ici Gouiran célèbre Marseille et la peinture : ça sent bon la lavande et la térébenthine, la mer, la garrigue, les chênes kermès, les argelas, le mistral. Comme si vous y étiez. Les dialogues sont baignés dans le pastaga et les mauresques. Plus vrais que nature.
Gouiran agace et réveille les guerres de Yougoslavie déjà oubliées : ça sent mauvais la haine et l’argent. Il nous trimballe de Marseille à New-York en passant par Paris et Belgrade.

Un polar noir colorié par les amours d’Emma et Clo.

Le scorpion se nourrit uniquement de proies vivantes… A bon lecteur, salut !

La mort du scorpion, Maurice Gouiran
Jigal

L’auteur :
Maurice Gouiran est né en 1946 au Rove (Bouches-du-Rhône)

Categories: Policier

About Cripure

Enseignant, marié et quatre enfants. Vit en Auvergne. Mes auteurs préférés : Balzac, Cendrars, Char, Giraudoux, Guilloux et Dostoïevski. Je ne lis pas pour oublier, deviner ou deviser mais pour (sur)vivre ! "Lire vous sépare des échanges de convention." Yannick Haenel. Ah oui j'oubliais : je ne parle que des livres que j'aime !

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