Le professeur Harry Rosfeld, se rend en Allemagne à Hadamar au chevet d’Ilsa Schaffner. C’est dans ce même hôpital qu’ils s’étaient rencontrés, presque dans une autre vie en 1941. Elle était officier dans l’armée allemande à la tête d’un programme destiné aux enfants surdoués. Lui, 14 ans alors, avait été envoyé dans ce même hôpital, alors psychiatrique, qui avait un programme bien différent : l’élimination physique des handicapés mentaux. Une chambre à gaz avait été installée sur place à cet effet. Il a réussi à s’en sortir grâce à elle et est devenu un professeur éminent, fréquentant les plus grands scientifiques de son époque, dont Einstein. Elle, bien que déportée à Mathausen, sera mise en cause par Göring au procès de Nuremberg, restera une anonyme toute sa vie. Marianne, sa petite fille, venue en Allemagne pour la succession, vit dans la honte de cette ascendance nazie. Elle va faire la rencontre d’Harry, qui va lui révéler le secret de sa survie et du rôle qu’à joué Ilsa Schaffner.
Le livre mélange l’Histoire avec la fiction, en revenant sur cet hôpital psychiatrique qui avait été transformé en terminus pour tous ceux qui avaient un handicap physique ou mental. A Hadamar on appliquait ce programme d’euthanasie connu sous le terme d’Aktion T4.

Toute l’histoire d’Ilsa Schaffner et d’Harry Rosfeld va nous être révélée au travers de la rencontre entre le scientifique et la jeune femme. Le terme dialogue n’est d’ailleurs pas le bon car Didier van Cauwelaert ne fait parler qu’Harry. Il pose les questions, donne les explications et explique les réactions de Marianne. C’est une façon de s’exprimer tout à fait intéressante. Nous avons les deux points de vue d’une voix.
Harry est un homme de plus de 80 ans mais toujours très en forme. Il exprime une sagesse qu’on aimerait atteindre. Le privilège de l’âge lui donne le droit de dire les choses comme elles sont et de vivre sa vie comme il l’entend, mais toujours avec intelligence et tact. Marianne va peu à peu se laisser amadouer et sa perception des évènements va se modifier à mesure de la découverte des faits, 70 ans plus tôt.
Comme dans Le journal intime d’un arbre, l’auteur décrit à la fois les sentiments et l’alchimie qui s’opère pour qu’ils aient lieu. Ici, c’est autour de l’infiniment petit, l’atome, que se déroule cette histoire. La recherche de la bombe atomique, atome qui détruit, et celui qui est en nous, qui est notre composition à tous.
C’est aussi sous un arbre, un cèdre, qu’Harry débute et termine son histoire avec Ilsa.

Entre les faits réels (Hadamar ou l’opération Pastorius) où on découvre des événements peu connus et la façon toujours très humaniste qu’à Didier van Cauwelaert d’aborder les rapports entre les uns et les autres, le livre est un savoureux mélange des genres.

La femme de nos vies, Didier van Cauwelaert
Albin Michel

L’auteur :
Didier van Cauwelaert est né à Nice en 1960
Prix Goncourt pour « Un aller simple »

Entretien accordé à Passion Bouquins lors de la 30e Foire du livre de Saint-Louis

04 mai 2013


Categories: Passion

1 réponse actuellement.

  1. [...] sa venue à la Foire du Livre de Saint-Louis. Nous avons pu nous isoler un instant pour parler de La femme de nos vies, un livre multiple qui traite bien des sujets chers à l’auteur et qui a pour toile de fond [...]

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