La sortie d’un livre d’Eric-Emmanuel Schmitt est désormais un évènement. Une référence aussi, qu’on achète les yeux fermés. Pour avoir eu la chance d’assister à une conférence lors de la sortie  du livre « Le sumo qui ne pouvait pas grossir », j’ai pu constater que l’écrivain est un homme brillant. C’est donc avec une énorme envie que j’ai attaqué cette lecture.
L’auteur nous brosse le portrait de trois femmes : Anne en 1530 à Bruges, Anna en 1905 à Vienne et Anny de nos jours à Los Angeles.
Beaucoup de points communs les unissent : la sensation de subir leur vie, celle d’être différentes de leurs contemporains, une soif de vivre quelque chose d’autre que le destin tout tracé, quelles que soient les contingences matérielles (deux des trois héroïnes sont riches), professionnelles ou familiales.

Plusieurs niveaux de lecture

Je crois que dans un premier temps, Schmitt veut rendre aux femmes la place qu’elle devrait avoir dans la société. Elles doivent se confronter à beaucoup plus de problèmes et de méfiance pour renoncer au rôle que les hommes leur ont attribué : mariage, enfants… Anne de Bruges se retrouve presque mariée à son insu et Anna à Vienne subit une terrible pression familiale pour assurer la descendance. Anny subit sa notoriété et est enfermée dans un rôle de fantasme.
Ensuite chacune d’entre elles représente une voie, une façon d’appréhender la vie.
Anne à une vision de la vie en harmonie avec le monde en général et la nature en particulier. Dans ce XVIème siècle religieux, on décide pour elle qu’elle a la foi et que c’est Dieu qui l’inspire.
Anna en faisant une psychothérapie (avec un des premiers disciples de Freud), va explorer son passé et comprendre qui elle est vraiment.
Anny se détruit en martyrisant sont corps au travers de l’alcool, de la drogue et du sexe. Sur un tournage elle se demande si elle ne pourrait pas avoir aussi une « doublure vie ».
L’âme, l’esprit et le corps. Mais bien entendu, tout est lié et commun aux trois femmes.

La lecture achevée, ce n’est pas fini…

Encore une fois, on peut réfléchir à beaucoup de choses pendant et après la lecture et chacun y trouvera des sujets de réflexion différents.
Au travers des siècles se jouent trois destins de femmes finalement très proches les unes des autres. Dans son articulation, j’ai pensé à « La belle histoire » de Claude Lelouch.
J’ai eu un peu de mal avec l’histoire d’Anny, la star hollywoodienne, car j’ai trouvé certains passages moins intéressants. J’ai entendu que Schmitt verrait bien Nathalie Portmann dans le rôle principal en cas d’adaptation au cinéma. Je suis entièrement d’accord avec lui.
Une des phrases clés du livre est : « tu es beaucoup plus que ce que tu crois être ». De quoi alimenter les longues soirées d’hiver.

La femme au miroir, Éric-Emmanuel Schmitt
Albin Michel

L’auteur :
Éric-Emmanuel Schmitt est né en 1960 à Sainte-Foy-lès-Lyonné

Categories: Passion, Philosophie

3 réponses actuellement.

  1. Hervé Weill dit :

    salut Philippe,
    Excellente question, que je me suis aussi posé à un moment. Schmitt est tout à fait crédible quand il se met dans la peau d’une femme, même si une femme l’aurait forcément écrit différemment. C’est bien entendu ce que je pense en temps qu’homme, ce qui est la limite de cette appréciation.
    Voilà donc pour toi une belle réponse de Normand !
    A bientôt
    Hervé

    • emilie dit :

      Bonjour,

      Je suis en train de lire ce livre qui m’enchante. Pour répondre à la question de Philippe, une des mes premières réflexions quand j’ai débuté ce livre a été l’étonnement face à l’extraordinaire capacité de l’auteur à se mettre à la place d’une femme. C’est très surprenant : à aucun moment je ne me suis dit « on voit bien que c’est un homme qui écrit car une femme n’aurait pas réagi ainsi ». C’est surtout très enthousiasmant de se dire que nous ne sommes finalement pas si différents …non ?

      Emilie.

  2. joubert dit :

    Bonjour Hervé, merci pour cette critique. J’ai une question si tu le permets … le fait que E.E Schmitt soit un homme, quelle est la conséquence sur le livre. Est ce que tu penses que cela a une incidence ? Si la même histoire (enfin les mêmes 3 histoires) avaient été écrites avec les yeux et la plume d’une femme… penses-tu qu’il y aurait eu des différences ?

    juste par curiosité … et pour info je n’ai pas lu le livre…

    Amicalement,
    Philippe

You must be logged in to post a comment.

  • Facebook
  • Twitter